Qui a écrit la bible ?

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La Bible n'a pas été écrite en une fois, mais sur une très longue durée, entre la fin du VIIIe siècle et le IIe siècle avant notre ère. Au milieu du IIIe siècle avant notre ère, la communauté juive d'Alexandrie traduit la Torah en grec : c'est la première unité « biblique » réellement constituée. Un bon siècle plus tard, on l'appelle « le Livre » (hê Biblos en grec), jusqu'à l'apparition de son dérivé latin biblia, « bible », en pleine chrétienté médiévale....


Aux origines de la Bible


Élaborée entre le VIIIe et le IIe siècle avant notre ère, la Bible fonde l'histoire du peuple d'Israël, depuis Abraham jusqu'à la destruction du Temple de Jérusalem. Qui en sont les auteurs ? Pourquoi l'ont-ils écrite ?

Selon la vision traditionnelle juive et chrétienne, Moïse aurait écrit le Pentateuque, c'est-à-dire les cinq premiers livres de la Bible. Mais cette vision ne repose sur aucune base historique et il est impossible que le Pentateuque soit l'œuvre d'un seul auteur. On peut y observer des styles forts différents, voire des contradictions. Selon le chapitre 4 de la Genèse (verset 24), l'humanité appelle Dieu par son propre nom, Yahvé, dès les origines du monde, tandis que dans le livre de l'Exode (aux chapitres 3 et 6), ce nom n'est révélé qu'à l'époque de Moïse. On constate également la présence de nombreux doublons. Le Pentateuque comporte dans ses deux premiers chapitres deux récits de création. Plus loin, Yahvé fait deux fois alliance avec Abraham. Et il existe différents codes législatifs qui ne concordent pas toujours entre eux.

Dès le milieu du XIXe siècle, ces observations mènent à l'élaboration de l'hypothèse de la « théorie documentaire ». Cette théorie part de l'idée que le Pentateuque se compose de quatre documents différents, à l'origine indépendants les uns des autres, et successivement mis ensemble par des rédacteurs travaillant par coupures et collages.

Le plus ancien est le document dit « yahviste » (car on y trouve une préférence pour le nom divin de Yahvé), probablement élaboré sous le règne du roi Salomon, vers 930 avant notre ère. Des études épigraphiques ont en effet démontré que ce n'est qu'à partir du VIIIe siècle avant notre ère que des documents écrits sont apparus de manière significative dans le royaume de Juda.

Durant les VIIIe et VIIe siècles avant notre ère, les royaumes d'Israël et de Juda sont sous occupation assyrienne. Leurs élites subissent une forte influence idéologique : les rois assyriens expriment leur domination à l'aide de traités de vassalité dans lesquels les vassaux sont exhortés à une loyauté sans faille. La première édition du livre du Deutéronome contient de nombreux parallèles avec les traités de vassalité assyriens, qui ordonnent constamment d'aimer le roi d'Assyrie. « Tu aimeras Assurbanipal, le grand prince héritier, comme toi-même », édicte un traité de 672 avant notre ère. Le Deutéronome contient la même idée : « Tu aimeras Yahvé, ton Dieu, de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ta force » (6, 5). Les auteurs du Deutéronome ont très certainement voulu présenter Yahvé à l'image d'un souverain assyrien imposant à ses subordonnés un traité, une « alliance », dans le but apparent de contester la suprématie assyrienne, déjà affaiblie à l'époque du roi Josias.

La première histoire de Moïse est également rédigée aux alentours du VIIe siècle avant notre ère. Elle débute par la description de sa naissance, celle d'un enfant exposé et miraculeusement sauvé, récit largement répandu dans le folklore. Dans sa version primitive, ce récit ressemble surtout à la légende de la naissance de Sargon, roi légendaire, mise par écrit au plus tôt au VIIIe siècle avant notre ère (lire tableau p. 26).

La sanction de Yahvé

Cette histoire de Moïse ne peut pas être antérieure à cette époque : les scribes judéens, ont, de toute évidence, construit la figure de Moïse à l'image du fondateur mythique de la dynastie assyrienne, pour revendiquer la supériorité du dieu qu'il sert. En effet, dans la suite de l'histoire, Yahvé et Moïse réussissent à vaincre l'Égypte, ce que les Assyriens n'ont jamais pu faire, en dépit de tentatives répétées.
La destruction de Jérusalem et de son temple par les Babyloniens en 587 avant notre ère provoque, dans l'ancien royaume de Juda, une immense crise idéologique. Les piliers identitaires de ce peuple du Proche-Orient ancien - le roi, le temple du dieu national et le pays - se sont écroulés.

Une première réaction à la crise est la construction de ce qu'on peut appeler « l'histoire deutéronomiste ».

Il s'agit de l'élaboration, par les anciens fonctionnaires de la cour, d'une grande histoire d'Israël et de Juda depuis Moïse jusqu'à la destruction de Jérusalem. Celle-ci cherche à démontrer que la destruction de Jérusalem et la déportation d'une partie de la population ne sont pas dues à la faiblesse de Yahvé face aux divinités babyloniennes. Au contraire, Yahvé se sert des Babyloniens pour sanctionner son peuple et ses rois de ne pas avoir respecté les stipulations de son « alliance », consignées dans le Deutéronome.

Abraham le patriarche


La population restée en Judée revendique la possession du pays, contre l'élite déportée, en s'identifiant aux descendants du patriarche Abraham : « Abraham était seul et il a possédé le pays. Nous qui sommes nombreux, c'est à nous que le pays est donné en possession » (Ézéchiel, 33, 24).

Contrairement aux textes deutéronomistes qui prônent une stricte séparation d'Israël face aux autres peuples, l'histoire d'Abraham, composée durant le VIe siècle avant notre ère, insiste sur une cohabitation pacifique de tous les peuples du Levant, lesquels entretiennent, selon le récit de la Genèse, de nombreux liens de parenté par le truchement d'Abraham, père non seulement d'Isaac mais aussi d'Ismaël, ancêtre des tribus arabes.

Pendant longtemps, les deux mythes originaires d'Israël, les Patriarches et l'Exode, ne sont pas joints en une succession chronologique : ils restent concurrents. Mais au début de l'époque perse, les rédacteurs issus du milieu des prêtres tentent d'harmoniser la tradition patriarcale qui circule chez les Judéens non-exilés, et celle de Moïse et de l'Exode.

Moïse est la figure centrale du Pentateuque, probablement achevé vers 350 avant notre ère : il reprend les fonctions du roi, puisqu'il promulgue la loi et est le médiateur par excellence. Le Pentateuque se termine par sa mort : il voit le pays promis mais n'y entre pas. Cette « fin ouverte » tient compte de la situation d'un judaïsme de diaspora, et signifie aux Juifs qui vivent en dehors de la Palestine que le fondement de leur identité n'est pas le pays mais la loi divine transmise par Moïse.

Ainsi, le Pentateuque, qui est en majorité un écrit des anciens exilés mais qui intègre aussi d'autres préoccupations, notamment celles des Juifs de la diaspora, devient, pour reprendre une heureuse formule du poète Heinrich Heine, une « patrie portative ». Là où il y a la Torah, se trouve aussi Israël.

La fin de la prophétie inspirée

Pendant environ deux siècles, seul le Pentateuque est considéré comme la Bible du judaïsme.

Les Samaritains, les habitants de l'ancien royaume d'Israël, adoptent en effet le Pentateuque, mais pas les deux parties qui s'y ajoutent successivement. Pour s'opposer à des mouvements apocalyptiques qui se légitiment par des visions prophétiques, les responsables du Temple décident de canoniser les « vrais » livres prophétiques et inventent une théorie considérant que la période perse marque la fin de la prophétie inspirée.

À l'époque de la rédaction des Évangiles, vers 70-100, la Bible hébraïque ne comporte que deux parties, la Loi (le Pentateuque) et les Prophètes.

C'est ainsi que Jésus de Nazareth cite les écrits religieux du judaïsme de son époque.

La canonisation des Écrits (qui regroupent les Psaumes, les livres de Job, de l'Ecclésiaste et bien d'autres) n'intervient que quelques siècles après la destruction de Jérusalem par les Romains en 70, en partie en réaction à l'influence grandissante du christianisme. Les Pharisiens jouent un rôle déterminant dans la clôture du canon. Mais aujourd'hui encore, le Pentateuque reste le centre de la Bible hébraïque.

 

Thomas Römer

Thomas Römer, Docteur en théologie, professeur d'Ancien Testament à la faculté de théologie et de sciences des religions de l'université de Lausanne, et professeur au Collège de France, il est l'auteur du Peuple élu et les autres, l'Ancien Testament entre exclusion et ouverture (Éditions du Moulin, 1997) et Moïse, « lui que Yahvé a connu face à face »(Gallimard, 2002).

 

Petite Chronologie des temps bibliques

XIIIe siècle avant notre èrePremières traces avérées de sites israélites en Canaan.

XIe - Xe siècles avant notre ère : Vraisemblable royauté de la « Maison de David ».

Xe - VIe siècles avant notre ère : Succession de rois à la tête des royaumes de Juda et d'Israël.

586 avant notre ère : Destruction du Temple de Jérusalem par Nabuchodonosor, invasion et domination babylonienne, exil de l'élite de l'ancien Israël à Babylone.

538 avant notre ère : Le Perse Cyrus, qui a vaincu l'empire babylonien et le domine désormais, permet le retour de certains exilés de Babylone à Jérusalem.

516 avant notre ère : Le Second Temple de Jérusalem est reconstruit.

440 avant notre èreLes fondements du judaïsme du Second Temple, notamment l'interdiction renouvelée de se mêler aux peuples voisins, sont jetés par Ezra et Néhémie.

 

La légende de Moïse

Dans l'Exode : 

2, 1 Un homme de la tribu de Lévi alla et prit une fille de Lévi.
2, 2 La femme devint enceinte et elle enfanta un fils. Elle le regarda : il était beau, et elle le cacha pendant trois mois.
2, 3 Alors elle ne pouvait plus le cacher. Elle prit pour lui une caisse de papyrus qu'elle enduisit de bitume et de poix. Elle y posa l'enfant, et la plaça dans les roseaux du bord du Nil.
2, 5 La fille du pharaon descendit pour se laver dans le Nil pendant que ses servantes marchaient le long du Nil. Elle vit alors la caisse au milieu des roseaux et elle envoya sa servante qui la prit.
2, 6 Elle ouvrit et vit l'enfant, un garçon qui pleurait. Elle prit pitié de lui et dit : « Celui-ci est un enfant des Hébreux. »
2, 10 Il devint son fils et elle lui donna le nom de Moïse. Elle dit : « Oui, c'est des eaux que je l'ai tiré. »


La légende de Sargon

Sargon, le roi puissant, le roi d'Akkad, je le suis. Ma mère était une prêtresse, mon père, je ne le connaissais pas... Ma mère, la prêtresse, me conçut en secret, elle m'enfanta.
Elle me mit dans une corbeille de roseau avec de l'asphalte, elle ferma le couvercle. Elle me jeta dans la rivière qui ne m'engloutit pas.
Le fleuve me porta et m'emmena vers Akki, le puiseur d'eau. Akki, le puiseur d'eau, me sortit comme il trempait son vase.
Akki, le puiseur d'eau, me prit comme son fils et m'éleva. Il me plaça comme son jardinier. Durant mon jardinage, Ishtar m'aima
.

Moïse, Thomas Römer (Gallimard, 2002).
 

Les trois piliers de la Bible hébraïque

La Bible hébraïque, ou l'Ancien Testament des chrétiens, se compose de trois grandes parties : la Torah ou Pentateuque (ce nom désigne les cinq livres qui y sont regroupés), les Prophètes et les Écrits. Pour les Juifs, ces trois parties n'ont pas la même valeur : le judaïsme trouve son fondement et son identité dans la Torah, véritable cœur de la Bible hébraïque.

On peut distinguer dans le Pentateuque deux grands ensembles.

D'une part, le livre de la Genèse ouvre la Bible, et pose les questions des origines du monde et de l'homme.

En racontant ensuite l'histoire des patriarches, d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et de leurs femmes, il relate l'origine du peuple d'Israël mais pas seulement, car les patriarches sont aussi les parents de la plupart des voisins d'Israël.

D'autre part, suite à la Genèse, les livres de l'Exode et des Nombres, le Lévitique et le Deutéronome forment un deuxième ensemble : il s'agit de l'histoire de Moïse de sa naissance à sa mort, de la libération d'Israël des corvées d'Égypte et de son séjour dans le désert.
 

La deuxième partie de la Bible hébraïque, les Prophètes, reprend le fil narratif et raconte d'abord, dans les livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois, l'histoire d'Israël depuis la conquête militaire du pays sous Josué, l'établissement de la royauté avec Saül, David et Salomon jusqu'à la chute de la royauté judéenne et la destruction de Jérusalem en 587 avant notre ère.

Ces livres, qui se terminent sur l'échec de la royauté et des institutions politiques, sont suivis de la collection des livres prophétiques proprement dits, qui permettent de mieux comprendre les raisons de la catastrophe. Selon les prophètes, elle découle du rejet par le peuple et par ses responsables des exigences divines de justice et de la vénération exclusive de Yahvé. Mais ces livres contiennent aussi des promesses de renouveau, d'une restauration et d'un temps de salut à venir.

Les Écrits regroupent des livres qui sont, pour la plupart, des réflexions sur la condition humaine et sur la relation souvent difficile entre l'homme et Dieu (Job et l'Ecclésiaste). Mais on trouve aussi les Psaumes ou le Cantique des cantiques dans les Écrits.

Ces livres concernent donc l'identité de l'homme qui, dans l'Antiquité, ne peut se définir autrement que par rapport au monde divin.
 

Il faut enfin signaler que le christianisme adopte, selon ses confessions, deux Anciens Testaments différents.

Le catholicisme, qui se base sur la traduction grecque de la Bible juive, la Septante, y inclue un certain nombre de livres dits « deutérocanoniques »(Maccabées, Siracide, etc.) et organise le texte en quatre parties : le Pentateuque, les livres historiques, les Écrits et les Prophètes.

Le protestantisme ne retient que les livres de la Bible hébraïque, mais organise l'Ancien Testament également en quatre parties, comme le catholicisme.

La traduction œcuménique de la Bible reprend la tripartition du judaïsme. 

Thomas Römer


La Bible hébraïque : elle comprend 

LA TORAH OU PENTATEUQUE
Genèse
Exode
Lévitique
Nombres
Deutéronome
LES PROPHÈTES
Josué
Juges
Samuel I et II
Rois I et II
Isaïe
Jérémie
Ézéchiel
Osée, Joël, Amos, Obadia, Jonas, Michée, Nahoum, Habacuc, Tséphania, Hagaï, Zacharie, Malachie.
LES ÉCRITS
Psaumes
Job
Proverbes
Ruth
Cantique des cantiques
Ecclésiaste
Lamentations
Esther
Daniel
Ezra et Néhémie
Chroniques I et II



La Bible et l'histoire
 

Qui a écrit la Torah (le Pentateuque) ?
Ce que dit la Bible
La Bible affirme que Moïse a écrit ce que Dieu lui a dicté (Dt 31, 24). Judaïsme et christianisme tiennent Moïse pour l'auteur du Pentateuque.
Ce que dit l'historien
La Torah apparaît comme un ensemble de textes de provenances diverses, réunis par des prêtres et des fonctionnaires laïques vers 400-350 avant notre ère. 
Les textes les plus anciens datent sans doute du VIIIe ou VIIe siècle avant notre ère.


Qui a écrit les livres historiques ?
Ce que dit la Bible
Selon la tradition juive, Josué aurait écrit le livre portant son nom, sauf la fin ; Samuel, les livres des Juges et de Samuel, à l'exception des chapitres se situant après sa mort ; Jérémie, les livres des Rois.
Ce que dit l'historien
Édités sous Josias (vers 620) par des fonctionnaires voulant promouvoir les options théologiques du Deutéronome, ces livres ont été retravaillés après l'exil, en 587 avant notre ère, pour former l'histoire dite deutéronomiste qui explique la chute du royaume de Juda par l'incapacité à se conformer aux prescriptions du Deutéronome.

 

Moïse a-t-il existé et a-t-il inventé le monothéisme ?
Ce que dit la Bible
Pour la Bible, la question ne se pose pas. Moïse est appelé par Yahvé pour lui annoncer qu'il est le seul dieu qu'Israël doit vénérer. Les auteurs bibliques ne connaissent pas le concept abstrait de monothéisme.
Ce que dit l'historien
L'historicité de Moïse est difficile à saisir. Son nom est d'origine égyptienne, il a parfois été identifié à de hauts fonctionnaires d'origine sémite. S'il a existé, il n'a pas inventé le monothéisme : celui-ci ne voit le jour qu'au VIe siècle avant notre ère.

À quelle période se situe la sortie d'Égypte, si elle a eu lieu ?
Ce que dit la Bible
La Bible ne précise pas le nom du pharaon sous lequel a lieu cet événement. Elle donne le chiffre de 600 000 hommes adultes qui auraient traversé la mer des Joncs en une nuit. Elle mentionne la ville de Pithom que les Hébreux ont dû construire (Exode 1, 11), un nom de ville attesté à partir du VIIIe siècle avant notre ère.
Ce que dit l'historien
On a voulu situer l'exode sous Ramsès II (vers 1220 avant notre ère), mais il n'existe aucune preuve d'un « grand exode » des Hébreux vers la Palestine. 600 000 mâles adultes avec leurs familles représentent plus que la population de l'Égypte à l'époque. La Bible se base sur le souvenir de plusieurs « escapades » de groupes sémitiques hors d'Égypte.

Comment les Hébreux sont-ils entrés en Israël ?
Ce que dit la Bible
Selon le livre de Josué, celui-ci a exterminé la population autochtone et redistribué le pays aux tribus d'Israël.
Ce que dit l'historien
Il n'y a pas de preuve archéologique d'une conquête militaire ou des destructions massives à la fin du IIe millénaire avant notre ère. La plupart des futurs Israélites sont issus de la population autochtone.

David et Salomon, ont-ils existé et ont-ils régné « de l'Euphrate jusqu'au ruisseau d'Égypte » ?
Ce que dit la Bible
Les livres de Samuel et des Rois indiquent que leur royaume couvrait le Croissant fertile ; d'autres textes parlent seulement d'une étendue « de Dan à Beersheba ».
Ce que dit l'historien
Il est impossible d'imaginer un royaume israélite allant jusqu'à l'Euphrate : il s'agit sans doute de la province perse du Transeuphratène, décrite dans la Bible de manière légendaire. Certains historiens mettent en doute l'historicité de David et de Salomon. Il est probable que David ait existé. Salomon, lui, pourrait être une figure légendaire.

Quelle a été l'ampleur de la déportation à Babylone ?
Ce que dit la Bible
Les textes ne convergent pas. 2 Rois 24 parle de 7 000 à 10 000 personnes pour la première déportation, et suggère qu'ensuite toute la population de Juda a été exilée. Jérémie 52 parle de trois déportations successives de 3023, 832 et 745 personnes.
Ce que dit l'historien
Les chiffres du livre de Jérémie semblent plus plausibles. 5 à 25 % des Juifs de Juda auraient été déportés. Juda n'était pas vidée de sa population à l'époque babylonienne : le mythe du pays vide est une invention de certains déportés pour prouver que le « vrai Israël » se trouvait en exil.

Entretien avec Israël Finkelstein

Le point de vue de l'archéologue
 

Quand et pourquoi a été écrite la Bible ? Dans quelles conditions est né le peuple d'Israël ? L'Exode a-t-il eu lieu ?

Israël Finkelstein

Israël Finkelstein, archéologue israélien, professeur au sein du Département d'archéologie et d'histoire des civilisations du Proche-Orient ancien à l'université de Tel-Aviv, cherche depuis des années sous terre les traces du berceau de l'histoire biblique, de l'Égypte à Israël, en Syrie et au Liban.

Auteur de la polémique Bible dévoilée (Gallimard, 2004), il vient de publier Un archéologue au pays de la Bible (Bayard, 2008).
 

Quand la Bible a-t-elle été rédigée ?
La Bible n'a pas été écrite en une fois, mais sur une très longue durée, entre la fin du VIIIe siècle et le IIe siècle avant notre ère.

Une partie semble avoir été conçue sous le règne de Josias, au VIIe siècle, dans une Jérusalem nouvellement prospère.

C'est le travail de scribes de la cour judéenne qui ont compilé un ensemble de souvenirs historiques, de légendes et de propagande royale. Certains textes ultérieurs ont été compilés par des prêtres. Et il y a bien sûr les textes prophétiques, les textes de sagesse et autres dont la mise en forme s'étend sur plusieurs siècles.
 

Quel était le contexte politique de cette époque ?
Le royaume de Juda était alors sous domination assyrienne. Cela soulevait de lourdes questions d'identité nationale, de réflexion sur la place et l'importance de Juda dans le monde environnant.

Dans ce contexte, s'est peu à peu constitué un ferment de créativité et de spiritualité dans le royaume de Juda.

Les auteurs de la fin du VIIIe siècle avaient deux objectifs principaux : l'un politico-religieux, à savoir la volonté de centralisation du culte autour du Temple de Jérusalem ; l'autre, l'absorption des territoires de l'ancien royaume du nord - Israël -, en profitant du retrait des Assyriens. Les auteurs des phases postérieures avaient quant à eux des objectifs différents, qui ressortent en particulier de la place des prêtres dans la société à l'époque du « Second Temple ».

Quels types de recherches donnent ce genre d'informations ?                                                                                                        Les recherches archéologiques s'intéressent à la culture matérielle, à l'économie et à la société, alors que l'étude littéraire du texte, au-delà des qualités d'écriture, atteste des connaissances cognitives et culturelles et des systèmes de valeurs des Hébreux. Chacune apporte son propre éclairage sur la période de compilation des textes et sur la réalité qui se cache derrière les mots. Par exemple, la recherche linguistique a permis de mettre en lumière la différence entre l'hébreu classique de Jérusalem au VIIe siècle, et celui de la période suivant l'exil de Babylone, au VIe et Ve siècle avant notre ère. La recherche archéologique, quant à elle, peut identifier la réalité historique sous-jacente à certains textes.

Concluez-vous de vos recherches qu'Abraham, Isaac et Jacob ont réellement existé ?
Comme archéologue, je ne peux pas dire si un simple individu a vécu ou non !

Ce que je peux dire, c'est que les anecdotes qui accompagnent la saga des Patriarches, la présence de chameaux domestiqués comme bêtes de somme, par exemple, ou bien la mention des Philistins et des Araméens dans le livre de la Genèse sont antinomiques de la période qui est sensément décrite. Leur occurrence correspond plutôt à l'époque de l'existence des royaumes d'Israël et Juda. Certains éléments de la Genèse correspondent même à des réalités encore plus tardives. Mais les Patriarches, en tant que personnes, peuvent très bien avoir été des héros dont les mythes ont été transmis, dans un « habillage » littéraire et anecdotique pouvant « parler » de façon convaincante aux auditoires.
 

Quand votre livre La Bible dévoilée, écrit avec l'historien Neil Asher Silberman, a été publié, il a choqué, notamment parce qu'il remettait en question la véracité de l'esclavage en Égypte et de l'Exode...
Il n'y a pas de preuve archéologique de l'Exode ni de l'esclavage, ni de mention égyptienne de l'émigration massive d'un peuple, alors que les registres étaient bien tenus. Mais le texte parle d'un contexte qui a bien existé sur une longue période, à savoir les relations entre l'Égypte et Canaan, le refuge en Égypte de Cananéens menacés chez eux par la famine.

Sur la base de mes recherches, je soutiens que ces thèmes de l'Exode, qui reflètent des traditions anciennes, ont été mis par écrit dans le contexte des aspirations de la période de la royauté tardive et sans doute aussi des époques postérieures.
 

Si, selon vous, ils ne venaient pas d'Égypte, qui étaient alors les premiers Israélites qui ont peuplé Canaan ?
À partir de la fin du XIIIe siècle avant notre ère, on atteste l'établissement de proto-Israélites dans les hautes terres. Mais en réalité, ce sont des autochtones !

La plupart sont des bergers nomades de Canaan qui se sont sédentarisés, après la chute du système égypto-cananéen. Depuis le IVe millénaire avant notre ère, on retrouve dans tout le Moyen-Orient cette facilité à se convertir, selon les circonstances socio-économiques, de pasteurs nomades en agriculteurs sédentaires, et vice-versa. Au début, il est difficile de les distinguer, archéologiquement parlant, de leurs voisins - les différences étant sans doute du domaine des mentalités et des connaissances.
La description de ces petits villages ne ressemble pas à ce que la Bible raconte de la création du royaume d'Israël, autour de la grande Jérusalem.

L'archéologie ne trouve pas la moindre preuve de l'existence d'une Jérusalem splendide à l'époque des rois David et Salomon (Xe siècle avant notre ère). À cette époque, ce devait être un village. Et il n'y avait pas non plus de royaume unifié, s'étendant sur de larges territoires. En revanche, Jérusalem est devenue une grande cité au VIIIe siècle. Les rédacteurs de la Bible ont donc en fait décrit leur propre ville. Cela dit, il n'y a pas de raison de nier que Jérusalem ait existé avant, ni de nier l'existence des rois David et Salomon, ni même celle d'un palais et d'un temple servant en quelque sorte de sanctuaire royal, comme c'était le cas dans tout le Proche-Orient ancien. Dans l'histoire de David contée par la Bible, il y a sûrement des fragments historiques originaux. Ce n'est pas tout l'un ou tout l'autre. Bien que l'ensemble ait été mis par écrit à partir de la fin du VIIIe siècle, et en majorité au VIIe siècle, il y a aussi des passages qui décrivent des éléments d'histoire plus anciens.

La Bible a-t-elle été écrite par des monothéistes, au sens où on l'entend aujourd'hui ?
Il n'existait pas de réel monothéisme dans le royaume de Juda, même s'il y en avait déjà des racines dans la société du VIIe siècle avant notre ère. Il y avait un dieu national, principal, le dieu d'Israël, mais les auteurs bibliques connaissaient l'existence de cultes d'autres déités. La véritable naissance du monothéisme, tel que nous l'entendons de nos jours, date du début de la période du « Second Temple », c'est-à-dire la période qui suit l'exil de Babylone et le retour d'une élite judéenne à Jérusalem. M.F.

Israël Finkelstein est professeur d'archéologie et d'histoire des civilisations du Proche-Orient ancien à l'université de Tel-Aviv.

Controverse rabbinique

Les études archéologiques et historiques remettent en cause la vision religieuse traditionnelle de la Bible. Qu'en pensent les rabbins ?

Les approches divergent : les points de vue de Michel Gugenheim et de Marc-Alain Ouaknin.

Le grand rabbin Michel Gugenheim

Le grand rabbin Michel Gugenheim est directeur de l'école rabbinique de France depuis 1992, et juge rabbinique auprès du Consistoire israélite de Paris, où il s'occupe des divorces religieux. Il a également siégé quatre ans au Comité consultatif national d'éthique et a développé ses réflexions sur l'éthique dans Et tu marcheras dans Ses voies (Association Samuel et Odette Levy, 2007). Depuis 1992, il a formé des générations de rabbins en France. Ses positions sont représentatives du judaïsme français traditionnel.

Qui a écrit la Bible ?

La Bible est un ouvrage multiple.

Sa première partie, le Pentateuque ou Torah, est la plus essentielle dans la tradition juive. Elle est d'origine entièrement divine. D'après son propre texte, la Torah a été écrite par Moïse sous la dictée de Dieu, sauf les derniers versets, qui décrivent la mort de Moïse, et peuvent avoir été écrits par Josué. 

La Bible est aussi composée de deux autres parties moins anciennes et moins essentielles, les Prophètes et les Hagiographes.
Les travaux de l'archéologue Israël Finkelstein, entre autres, mettent en doute le fait que le Pentateuque ait été écrit à une époque si ancienne, et avancent plutôt le règne de Josias, au VIIe siècle avant notre ère.
Ces affirmations ne nous font pas sursauter. Personnellement, je n'y prête pas grand intérêt. Chacun est libre d'imaginer ce qu'il veut. Mais le peuple juif croit depuis des générations à ce qui est écrit dans la Torah et il s'y tient. Au fond, l'enjeu est le suivant. Dire que la Torah a été écrite sous Josias, qu'elle transmet de simples mythes, c'est dire que le texte ment. Cependant, aucun archéologue ne pourra jamais prouver formellement que le texte de la Torah est faux. 
Dans le texte, tout se tient, il existe des calculs de dates qui le confirment. La Bible est un texte très ancien, qui donne aussi des informations fiables sur le plan historique.

Des textes antiques en Mésopotamie relatent l'existence d'un « déluge » (lire p. 36 à 39). Y a-t-il eu influence des uns par les autres ?
Le déluge a été cosmique, universel. Les descendants de Noé, qui ont repeuplé la terre, ont tous pu transmettre la mémoire de cet événement à différentes civilisations.

 

Pourquoi est-il si important de dire que le texte est d'origine divine ?
C'est un article de foi principal. Si le texte est d'origine divine, alors la Loi est divine. Le fidèle, qui craint Dieu, doit s'y conformer strictement, au risque de le bafouer. Alors que si la Loi est humaine, elle peut être contredite. L'absolu du texte interdit de modifier et d'adapter les commandements. Les discours selon lesquels le texte est faux permettent de s'en affranchir avec une bonne conscience. J'ajoute que le libre-arbitre est malgré tout présent dans la Bible. On peut demander : où est la liberté, dans une telle contrainte ? En fait, c'est par l'octroi de commandements qu'advient la véritable liberté. D'abord parce que chacun est libre de croire ou non, de respecter la Loi ou non. La divinité n'est pas perçue par la conscience immédiate. Il n'y a pas de preuve matérielle de son existence, seulement la transmission de cette croyance de génération en génération. On peut l'accepter ou non. Il y a encore autre chose. L'homme naît esclave de ses passions. La Torah fournit un code de vie, qui lui permet de s'épanouir dans son corps et son esprit en s'en affranchissant. C'est cela, la liberté. C'est ce qui donne à la fois la sainteté et le bonheur.

Michel Gugenheim


Marc-Alain Ouaknin

Marc-Alain Ouaknin, Rabbin et philosophe, professeur associé à l'université de Tel-Aviv, il est l'auteur de Zeugma, mémoire biblique et déluges contemporains (Seuil, 2008). Son dernier ouvrage, Mystères de la Bible (Assouline, 2008), tente d'expliquer comment, quand et par qui les textes bibliques ont été écrits et transmis.

La Septante, de l'hébreu au grec

La Bible est un classique, et comme disait Hemingway, « un classique est un livre dont tout le monde parle mais que personne n'a lu ». Sur la question de savoir qui l'a écrite, l'imagerie populaire repose bien souvent sur des rumeurs comme celle de la pomme croquée par Adam et Ève et dont il n'y a pas la moindre trace dans la Bible. Il est donc nécessaire d'interroger et de réinterroger les on-dit et les préjugés, comme celui de croire que, de la première à la dernière lettre, la Bible a été donnée par Dieu à Moïse au XIVe siècle avant notre ère. La tradition talmudique s'est penchée sur cette question avec la volonté de sortir de cette croyance populaire, voire enfantine.
 

Le rapport à la lettre
Comment donc puis-je, à mon tour, en tant que rabbin qui lit ce texte fondateur de la tradition biblique, concilier une approche critique qui en inclut la dimension mythologique et la dimension traditionnelle ? Il semble, tout d'abord, évident que le Déluge n'a jamais existé tel qu'il est raconté dans la Bible.

La Genèse, comme les premiers textes de la Tour de Babel, et ce jusqu'à Abraham, appartiennent, à mon sens, à la mythologie mésopotamienne. Mais il faut bien comprendre que, quelque soit l'origine de l'événement (qu'il ait existé ou pas, qu'il soit babylonien ou indien), à partir du moment où l'événement, le Déluge par exemple, est raconté en hébreu, il se fait littérature. Et c'est ce rapport à la littérature, à la lettre, qui va changer la façon de le penser parce qu'il fonde une expérience de la lecture. En ce sens, le peuple juif est plus un peuple de lecteurs que de croyants.

Dès lors, la dimension mythologique du Déluge ne m'importe guère. Il devient un paradigme de cataclysme, de catastrophe. Il permet de se confronter aux questions : que faire aujourd'hui quand on est confronté à une catastrophe philosophique, psychologique ou sociologique ? Avec nos enfants, notre couple, dans notre travail ? Ou devant un événement traumatique ? C'est cela la Bible. Un ensemble de textes fondamentalement méta-historique, où tout l'intérêt consiste à aller à l'origine de chaque mot pour savoir comment ce mot fait sens, dans, et au-delà, du récit que je le lis. Dans la Bible, le monde se mesure en pages et en lettres.

Ainsi, savoir que Moïse n'a pas écrit la Torah ne me gêne pas. Et l'existence ou la non-existence des patriarches Abraham, Isaac et Jacob me laisse indifférent. Car pour le mystique, même l'existence de Dieu n'a aucune pertinence. Même Dieu est un « peut-être », une hypothèse. Il a inventé le doute, enseigne un maître hassidique, pour que nous puissions douter de lui. En dialogue et contre une parole théologique, imposée par le Dieu biblique, il y a une parole des hommes, une liberté d'interpréter, pour Dieu et contre Dieu : la parole du Talmud. La loi n'est pas un dogme mais une norme. On peut évoluer, pour aller, comme dit Levinas, du « sacré » (qui est figé) au « Saint ». Le saint, c'est la possibilité d'une transcendance, et la Bible est sainte parce que son « pouvoir dire » est supérieur à son « vouloir dire ». Avoir Dieu en soi, c'est sentir que l'on est porté vers quelque chose d'autre. En hébreu, le verbe être n'existe pas au présent. Être, c'est risquer, se risquer à avancer dans la vie.

« Lire aux éclats »
Si le christianisme est l'infini du divin, qui s'offre à la finitude des hommes à travers le corps du Christ, le judaïsme est le Dieu infini qui s'est offert aux hommes dans la finitude des lettres d'un livre. Responsabilité alors pour l'homme d'interpréter, de casser les lettres, de « lire aux éclats » pour libérer Dieu et lui redonner son statut d'infini. Dieu sera ou ne sera pas infini en fonction de l'infinité de l'interprétation des hommes.

M.-A.O.

André Paul

André Paul, Bibliste et historien, il est l'auteur de Et l'homme créa la Bible, d'Hérodote à Flavius Josèphe (Bayard, 2000) et de La Bible, repères pratiques (Nathan, 1995 et 2008).

Au milieu du IIIe siècle avant notre ère, la communauté juive d'Alexandrie traduit la Torah en grec. Ensuite rejetée par le judaïsme rabbinique, cette traduction devient une référence dans le monde chrétien.
 

Au commencement, fut une traduction. Au milieu du IIIe siècle avant notre ère, dans l'Alexandrie d'Égypte, la communauté judaïque locale édite la Loi (Torah en hébreu) de Moïse en langue hellénique.

C'est la première unité « biblique » réellement constituée. Le fait qu'elle soit traduite dit bien qu'elle est alors fixée et même instituée : nous ne sommes plus dans les hypothèses mais dans l'histoire, l'histoire littéraire de la société judaïque antique. Celle-ci s'assure ainsi d'un bon degré d'intégration dans la grandiose cité fondée par Alexandre en 331 avant notre ère. L'œuvre dite de Moïse, désormais sa « Loi » (nomos) voire sa « constitution » (nomothésia), s'adosse à celle d'Homère, accueillie peut-être comme celle-ci dans la célèbre bibliothèque voulue de Ptolémée II.

Pour la première fois dans l'histoire, une unité « biblique » fait l'objet d'une publication véritable. Un bon siècle plus tard, on l'appelle « le Livre » (hê Biblos en grec) (1), jusqu'à l'apparition de son dérivé latin biblia, « bible », en pleine chrétienté médiévale. C'est cette « bible » grecque, ensuite assortie de bien d'autres livres, prophétiques, poétiques ou de sagesse, traduits de l'hébreu voire rédigés en grec, que les chrétiens lettrés reçoivent en héritage comme Graphaï, « Écritures ». Au IIe siècle, ils la dénomment « Septante » (Septuaginta en latin). Une légende très répandue présente la version d'Alexandrie comme miraculeuse : elle serait l'œuvre collective de « soixante-dix » savants venus de Jérusalem, chacun ayant traduit le texte d'une façon rigoureusement identique à celle de tous les autres. Homologuée d'entrée de jeu par les maîtres chrétiens, cette bible est suspectée puis rejetée par les Juifs au bénéfice de révisions parfois drastiques réalisées chez eux à frais nouveaux. En revanche, nombre de versions anciennes des livres saints, chrétiennes dans leur quasi-totalité (latines, coptes, éthiopienne, gothique, slavonne, arménienne, géorgienne, syriaques et arabes), ont été faites à partir d'elle, la plupart directement.

Aménagements et arrangements

La Septante n'est pas une traduction dans le sens moderne du terme. Certes, on y demeure plus proche de l'original hébraïque dans le traitement des livres de la Loi, eu égard sans doute à la contrainte légale du document. Ce qui n'empêche pas les aménagements de sens, nombreux et marquants. À commencer par la traduction de l'hébreu torah (« sagesse révélée ») par nomos (« loi »), d'où le sens juridique que n'avait pas le mot à l'origine.

Le fait s'accentue amplement pour les livres prophétiques, traduits en un second temps, avec cette fois des arrangements quantitatifs parfois de taille. Il est plus net encore dans le livre de Job et surtout dans le livre des Proverbes. Le traducteur du premier actualise la pensée éthique, l'alignant sur les derniers fruits de son évolution ambiante. Quant au second, on dirait qu'on l'eût plongé dans un bain soutenu de sagesse hellénique. Les transpositions sémantiques s'y repèrent en nombre : on spiritualise un propos que la formule hébraïque cantonne au registre physique. D'où la propension du traducteur à l'abstraction, à la lecture psychologique et à la piété, avec emprunts à la culture grecque d'éléments qu'il instille dans le texte.

Fruit ultime de cette dynamique : la rédaction directe de livres en grec. Certains ont été accueillis tels quels dans l'Ancien Testament chrétien, la Sagesse de Salomon par exemple.
Conjointement, une riche production littéraire voit le jour. À Alexandrie toujours, aux IIe et Ier siècles avant notre ère, l'élite lettrée de la communauté juive se met à écrire en grec, bien plus à la manière des Grecs. À partir de la Loi et d'autres traditions nationales recueillies dans les Prophètes et ailleurs, elle compose des œuvres de philosophie (Aristobulos) et d'histoire (Artapanos, avec son traité Sur les Juifs), de poésie (la Sibylle juive et ses nombreux Oracles) voire de théâtre (Ézéchiel le Tragique et son drame Exagôgê, « l'Exode »). Elle ne se prive pas d'adopter les procédés d'écriture et les formes littéraires des classiques grecs, jusqu'à la manière d'Eschyle ou d'Euripide et la métrique d'Homère. Cela veut dire que ces gens ont à leur disposition les grandes œuvres de l'Antiquité grecque, accédant à la fameuse bibliothèque de la cité.

La doctrine de l'« inspiration »

La traduction de la Loi n'est pas seulement un acte fondateur pour la Bible, la chose et même le nom. C'est une première dans l'histoire de la culture : la langue grecque, idiome universel, est censée être intraduisible. Il n'y a donc pas de vocabulaire de la traduction chez les Grecs. On le doit aux penseurs, philosophes et exégètes juifs d'Alexandrie. Ces derniers n'inventent pas de mots nouveaux mais déplacent le sens de termes usités. Ainsi, hermênéia, « signification » ou « interprétation » signifie aussi, désormais, « traduction » (en latin, ce sera interpretatio). La doctrine classique de l'« inspiration » des Écritures vient elle-même de là. Car on a dû garantir la dimension sacrée de la Loi devenue grecque, et démontrer pour ce faire son origine divine. On bâtit une théorie de l'inspiration des Écritures reprenant l'idée platonicienne de « possession divine ». On la doit entre autres à Philon d'Alexandrie. L'œuvre littéraire et doctrinale de ce dernier, éminent philosophe et commentateur de la Loi contemporaine de Jésus, est reprise et sauvée par les chrétiens, qui ne cessent de développer la doctrine de l'« inspiration ». A.P.
(1) C'est attesté une seule fois dans la fameuse lettre d'Aristée, œuvre juive de fiction elle-même rédigée en grec vers 150 avant notre ère.

 

Dominique Charpin

Dominique Charpin, Professeur à la Sorbonne (École pratique des hautes études), il enseigne l'histoire de la Mésopotamie. Auteur du Clergé d'Ur au siècle d'Hammu-rabi (Droz, 1986) et Hammu-rabi de Babylone (PUF, 2003), il vient de publier Lire et écrire à Babylone (PUF, 2008).

Une croyance réactualisée

Absente du texte hébraïque original du livre de Job, la croyance en la résurrection du corps se trouve généreusement instillée dans sa version grecque. Voilà un indice d'une évolution doctrinale de la pensée biblique.

Texte hébreu
Il (Dieu) exalte ceux qui sont abaissés et les affligés qui retrouvent le bonheur (Jb 5, 11).
Si l'homme, une fois mort, pouvait revivre, tous les jours de mon service j'espérerais jusqu'à ce que vienne ma relève (Jb 14, 14).
Je sais, moi, que mon défenseur est vivant, et que, le dernier, sur la poussière il se lèvera : et derrière ma peau je me tiendrai debout et, de ma chair, je verrai Éloah (Jb 19, 25-26).
Job mourut vieux et rassasié de jours (Jb 42, 17, fin du livre).

Texte grec
(Le Seigneur) qui exalte les humbles et ressuscite les morts.
Car si un homme meurt, il vivra, ayant accompli les jours de sa vie. J'attendrai jusqu'à ce que je vive de nouveau.
Car je sais qu'il est éternel celui qui va me délivrer ; sur la terre, que ressuscite ma peau qui supporte tout cela ; car pour le Seigneur ces choses sont accomplies pour moi.
Et Job mourut vieux et rempli de jours. Il est écrit qu'il ressuscita de nouveau avec ceux que le Seigneur ressuscite.

Aux sources de la Bible
Mésopotamie, Égypte, pays du Levant, Perse : les emprunts des auteurs bibliques aux différentes cultures du Proche-Orient sont manifestes.

La Mésopotamie

DÉLUGE, ALLIANCES ET PROPHÈTES

Pour l'historien qui lit les livres de la Bible, pas de doute possible : les auteurs de ces écrits ont bien souvent utilisé des thèmes ou des structures littéraires déjà présents dans des textes mésopotamiens. Plus généralement, même si elle est tenue pour « inspirée », la Bible ne peut pas être étudiée en faisant abstraction de son enracinement culturel dans le Proche-Orient ancien, sauf à en faire une lecture littérale qui montre bien vite ses limites. Les emprunts des auteurs bibliques au domaine mésopotamien sont manifestes. Néanmoins, cette dépendance indéniable ne signifie nullement imitation : la comparaison fait également ressortir l'originalité des livres bibliques.

Le cas le mieux connu est bien sûr celui du Déluge. Dans L'Épopée de Gilgamesh, le roi d'Uruk, obsédé par la mort de son ami Enkidou, part à la recherche du secret de l'immortalité. Il réussit à retrouver Outa-napishtim, le rescapé du Déluge. Celui-ci lui révèle que, prévenu de l'imminence de la catastrophe par le dieu Ea, il a pu construire le bateau qui lui a permis de survivre. Lors de la décrue, les dieux ont pris conscience que l'éradication des hommes n'est pas une bonne chose. Comme ils sont heureux de voir qu'il existe des survivants, ils accordent à Outa-napishtim et à sa femme l'immortalité.

Atra-hasis, le Noé babylonien
Lorsque George Smith découvre en 1872 ce récit mésopotamien, le sens de l'emprunt n'est alors pas évident : les tablettes cunéiformes qu'il a déchiffrées appartenaient à la bibliothèque du roi Assurbanipal à Ninive (VIIe siècle avant notre ère). Depuis, des versions plus anciennes ont été retrouvées sur des tablettes babyloniennes du XVIIe siècle avant notre ère. Il s'agit en particulier de l'histoire d'Atra-hasis, « le Très Sage », un des noms du Noé babylonien (lire encadré ci-contre). L'idée d'une catastrophe primordiale sous forme d'une inondation dramatique se retrouve certes dans bien des civilisations. Cependant, une comparaison détaillée entre le texte de la Genèse et celui des récits mésopotamiens montre qu'il ne s'agit pas d'une rencontre accidentelle, mais bien d'un emprunt littéraire. La façon dont, par exemple, un oiseau est lâché par trois fois pour savoir si la décrue a laissé émerger des terres ne peut laisser de doute à cet égard, de même que le motif du sacrifice final (lire encadré p. 39).

Le message biblique est néanmoins différent. En Mésopotamie, le panthéon est dépassé par sa création. Les hommes, inventés pour travailler à la place des dieux et leur fournir leur alimentation, deviennent trop nombreux et trop bruyants. Après plusieurs essais (maladie, sécheresse, famine), le déluge est le moyen choisi par les dieux pour éliminer l'humanité et leur permettre de retrouver le calme. Outa-napishtim doit son salut au dieu Ea, qui n'est pas d'accord avec les autres divinités pour supprimer l'humanité. Dans la Genèse, c'est la dégénérescence de l'humanité qui provoque le Déluge : Dieu intervient « car la terre est remplie de violence » (Gen 6, 13). La raison est explicitement de nature morale.

À la lumière des textes mésopotamiens, le « Décalogue » (ou encore les « Tables de la Loi ») peut être compris, non comme un catalogue de prescriptions morales, mais comme un véritable traité d'alliance que Dieu propose à son peuple de conclure au Sinaï. Le modèle en est les traités mésopotamiens, remontant pour certains au XVIIIe siècle avant notre ère (Mari, Tell Leilan), d'autres aux XIVe et XIIIe siècles avant notre ère (entre les Hittites d'Anatolie et leurs vassaux de Syrie), d'autres de l'époque néo-assyrienne (VIIe siècle avant notre ère). La comparaison entre les textes bibliques (Exode 19-24 et Deutéronome 1-29) et ces traités permet de comprendre leur structure tripartite, qui débute par un prologue historique et s'achève par des malédictions : les « commandements » sont en fait les clauses de l'alliance, qui forment le cœur du texte. De fait, la conclusion d'un traité d'alliance était chose courante dans le Proche-Orient du IIIe au Ier millénaire. La nouveauté biblique est d'avoir transposé entre Dieu et son peuple ce type de relations jusqu'alors réservées aux rois.

Pendant longtemps, les prophètes bibliques sont tenus pour uniques : l'idée qu'une comparaison soit possible avec de vagues devins du monde polythéiste de la Mésopotamie heurte bien des esprits. Il faut d'abord donner quelques définitions pour écarter certaines ambiguïtés. Un prophète n'est pas avant tout quelqu'un qui prédit l'avenir : c'est le « porte-parole » d'une divinité. Il s'agit d'une personne qui a une expérience cognitive : de nature visuelle (« vision »), auditive (« voix ») ou mixte (« apparition »), en état d'éveil ou lors d'un rêve. Le prophète, dépositaire de cette révélation, doit la transmettre au destinataire du message divin : une personne (notamment le roi) ou un groupe. Cette transmission peut se faire sous forme verbale (« prophétie » ou « discours prophétique »), qu'elle soit directe (par oral) ou indirecte (mise par écrit). Elle peut aussi donner lieu à une communication non-verbale (« actes symboliques »).

Des recueils de prophéties

Seules deux périodes très courtes fournissent l'essentiel des attestations de prophètes en Mésopotamie - même s'il existe par ailleurs des attestations plus fugaces de prophètes dans la seconde moitié du IIe millénaire avant notre ère. La première période est celle du règne de Zimri-Lim (XVIIIe siècle avant notre ère). Les prophètes vont parfois directement trouver le roi de Mari de la part d'un dieu. En l'absence du monarque, ils s'adressent à un responsable qui retranscrit leurs propos dans une lettre au souverain. On possède ainsi le texte d'une quarantaine de « prophéties » : on voit qu'elles ont été mises par écrit immédiatement, mais dans un souci de communication, et non de conservation pour l'avenir. Dans un cas, on voit même un prophète demander l'aide d'un scribe, à qui il veut dicter un message pour le roi. Cette lettre a été retrouvée : elle est adressée à Zimri-Lim par le dieu Shamash, auquel était rattaché ce prophète. En dehors des prophètes « professionnels », de simples particuliers, hommes ou femmes, peuvent recevoir des messages divins sous forme de rêves. Ceux-ci sont signalés au roi lorsqu'ils le concernent.

Le deuxième ensemble date des rois assyriens Asarhaddon (680-669 avant notre ère) et Assurbanipal (668-627 avant notre ère). Cette fois, les prophéties ont donné lieu à de véritables recueils, l'un d'entre eux contenant des encouragements au roi Asarhaddon, un autre des prophéties relatives à Babylone. Dans les lettres ou les annales royales, on trouve une quinzaine de références à des prophètes ou prophétesses. À deux exceptions près, ils proclament le soutien divin aux souverains nouvellement couronnés. En temps de crise, intérieure ou extérieure, ils assurent le roi de l'appui des dieux, notamment de la déesse Ishtar. Ainsi, la spécificité de la Bible réside davantage dans le processus qui a conduit à la constitution des livres prophétiques après la destruction de Jérusalem en 587, que dans le prophétisme en tant que phénomène religieux.
Les prescriptions bibliques concernent d'abord l'« année sabbatique » (Lévitique 25 et Deutéronome 15) : tous les sept ans, les esclaves mâles hébreux doivent être libérés et l'on doit remettre leurs dettes aux débiteurs insolvables (shemittah). Ces mesures sont complétées lors du « Jubilé », qui a lieu tous les cinquante ans (soit après 7 cycles de sept ans) et qui est annoncé au son de la trompe (yobel). Cette année est marquée par l'affranchissement (deror) : ceux qui, contraints par la nécessité, ont aliéné leurs terres les récupèrent et les esclaves sont libérés. Certains détails de ces prescriptions font douter qu'elles n'aient jamais été appliquées. Cependant, la comparaison avec les pratiques mésopotamiennes montre qu'elles s'enracinent dans des coutumes fort anciennes.

Un idéal égalitaire

Dès le début du IIe millénaire avant notre ère, l'avènement d'un roi est accompagné d'un édit de « rétablissement de l'équité » (misharum) : les arriérés à l'égard du palais sont remis, de même que les dettes à caractère non-commercial entre particuliers. Le « retour au statut d'origine » (andurarum, soit le même mot que l'hébreu deror) s'applique aux biens et aux personnes : les terres aliénées reviennent à leur propriétaire d'origine et les gens libres asservis pour dettes sont libérés. Ces mesures peuvent être répétées au cours du règne si la situation économique l'exige. On a retrouvé des textes d'édits de ce type pour plusieurs successeurs de Hammu-rabi de Babylone (XVIIIe-XVIIe siècles avant notre ère), ces pratiques se sont par ailleurs poursuivies jusque dans l'empire néo-assyrien (VIIe siècle avant notre ère) : une influence mésopotamienne directe est donc indiscutable. Cependant, il s'agit en Mésopotamie de mesures liées à la pratique de la justice par le roi, explicitement chargé par les dieux de veiller à ce que « le fort n'accable pas le faible ». Dans la Bible, l'idéal égalitaire qui sous-tend ces prescriptions renvoie à la situation censée avoir existé au moment de l'Exode.                                                      

D.C.

André Lemaire

André Lemaire, Directeur d'études à l'École pratique des hautes études, chaire « Philologie et épigraphie hébraïques et araméennes », auteur des Routes d'Abraham (Desclée de Brouwer, 2000) et de l'Histoire du peuple hébreu (PUF, 2001), il a participé à l'ouvrage collectif Langues et écritures de la Méditerranée (Karthala, 2007).

Le Déluge, la colère des dieux

« Mille deux cents ans n'étaient pas passés, le pays s'était accru, les populations avaient augmenté, le pays s'agitait comme un taureau. Le dieu était gêné par leur vacarme, Enlil entendait leur clameur. Il dit aux grands dieux : "La clameur de l'humanité me pèse, je perds le sommeil à cause de leur vacarme." »
Récit d'Atra-hasis, version du XVIIe siècle avant notre ère. Tablette II i : 1-11.
« Dieu vit que la malice de l'homme sur la terre était grande et que tout l'objet des pensées de son cœur n'était toujours que le mal. Dieu se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre et il s'irrita en son cœur. Dieu dit : "Je supprimerai de la surface du sol les hommes que j'ai créés, depuis les hommes jusqu'aux bestiaux, jusqu'aux reptiles et jusqu'aux oiseaux des cieux, car je me repens de les avoir faits." »
Genèse (6, 5-9)

Le retrait des eaux

Dans le récit de L'Épopée de Gilgamesh, Outa-napishtim raconte ce qui se passe après que son bateau accoste au mont Nisir lors du reflux du Déluge : « Quand arriva le septième jour, je fis sortir une colombe et je la lâchai. La colombe partit et revint : aucun endroit où se poser ne lui étant apparu, elle avait fait demi-tour vers moi. Je fis sortir une hirondelle et je la lâchai. L'hirondelle partit et revint : aucun endroit où se poser ne lui étant apparu, elle avait fait demi-tour vers moi. Je fis sortir un corbeau et je le lâchai : le corbeau partit et vit le reflux des eaux. Il mangea, se baissa et remonta et ne fit pas demi-tour vers moi. »
Récit d'Atra-hasis, version du XVIIe siècle avant notre ère. Tablette XI : 147-156.
Dans la Genèse, le récit est très proche : « Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre de l'arche qu'il avait faite et lâcha le corbeau. Celui-ci sortit allant et revenant, jusqu'à ce que les eaux fussent séchées de dessus la terre. Puis il lâcha d'auprès de lui la colombe, pour voir si les eaux avaient diminué de la surface du sol. La colombe ne trouva pas d'endroit où reposer la plante de son pied et elle revint vers lui dans l'arche, car les eaux étaient sur la surface de toute la terre. Il étendit sa main, la prit et la ramena vers lui dans l'arche. Il attendit encore sept autres jours et recommença à lâcher la colombe hors de l'arche. La colombe vint à lui, au temps du soir, et voici qu'en sa bouche, il y avait une feuille d'olivier toute fraîche. Alors Noé sut que les eaux avaient diminué de dessus la terre. Il attendit encore sept autres jours et lâcha la colombe, mais elle ne revint plus vers lui. »
Genèse (8, 6-12).

L'Égypte

SAGESSE ET IMMORTALITÉ DE L'ÂME

«Sans l'Égypte, il n'y aurait pas de Bible. » La formule est du bibliste Thomas Römer, dans sa préface à un livre récent (1), et illustre l'omniprésence du pays des pharaons dans la Bible hébraïque, l'Ancien Testament des chrétiens. Car l'Égypte tient un rôle ambivalent mais essentiel dans l'histoire biblique des Hébreux. Elle est « la grande puissance politique qui, au long des siècles, a exercé répulsion ou attraction en fonction des circonstances historiques », rappelle, dans le même ouvrage, Jacques Briend, exégète de l'Ancien Testament.

Son aura est celle d'un pays riche, terre d'accueil en cas de famine, comme en témoignent plusieurs récits bibliques. À commencer par la Genèse, l'histoire d'Abraham, ou celle de Joseph intercédant auprès de Pharaon afin d'obtenir des vivres pour ses frères descendus en Égypte. En revanche, en tant que puissance dominatrice, elle peut aussi se transformer en terre de servitude pour des peuplades enrôlées comme mercenaires dans les armées de Pharaon, ou réquisitionnées pour ses grands travaux.

Le mythe fondateur d'Israël

C'est dans ce contexte que prend place le mythe fondateur d'Israël : la sortie d'Égypte, où les Hébreux avaient été réduits en esclavage, sous la conduite de Moïse. Cette libération, racontée dans le livre de l'Exode, marque un tournant majeur dans l'histoire des Hébreux désormais serviteurs d'un dieu unique. L'alliance qui se noue alors s'inscrit dans un code juridique fondamental, transmis par Moïse et résumé dans les « Dix Commandements », selon leur appellation chrétienne. Ainsi, pas de judaïsme ni de christianisme sans ce personnage central de la Bible hébraïque : Moïse l'Égyptien, comme le surnomment Freud et les auteurs qui ont, depuis, tenté d'étoffer cette hypothèse.
Égyptien, Moïse l'est par son lieu de naissance et l'origine de son nom : Moshé signifie« engendré » et a la même racine que d'autres noms égyptiens, comme Ramsès (engendré par Ra). C'est un peu mince, toutefois, pour en faire un Égyptien... Fut-il l'un de ces Sémites présents en Égypte, dont certains ont parfois atteint les hautes sphères du pouvoir ? Les documents égyptiens et l'archéologie n'en laissent pas la moindre trace. Le personnage échappe donc aux historiens. On ne sait de lui que ce que nous en dit la Bible, dont les textes les plus anciens ne mentionnent même pas son nom à propos de la sortie d'Égypte.
Le récit biblique de Moïse et de l'Exode a reçu sa forme finale au Ve siècle avant notre ère, selon Thomas Römer : « Dans l'Exode biblique, se combine sans doute une série d'événements opposant les populations sémites aux rois d'Égypte. La figure de Moïse s'est également construite à partir des nombreux hauts fonctionnaires sémites ayant fait carrière à la cour des pharaons. » Aussi, lui paraît-il « plus logique de voir en Moïse un personnage qui condense, comme d'ailleurs l'Exode, différentes traces de mémoire ». Une mémoire qui s'est construite au cours du Ier millénaire avant notre ère. Soit plusieurs siècles après le règne de Ramsès II dont on fait parfois, à tort, l'adversaire de Moïse. Ce grand pharaon est paisiblement mort dans son lit et non pas submergé par les flots déchaînés de la mer des Joncs.

Le peuple du dieu unique

Indissociable du nom de Moïse, le monothéisme hébraïque pourrait aussi avoir une origine égyptienne, en la personne du pharaon Akhenaton (XIVe siècle avant notre ère) qui tenta d'imposer le seul culte d'Aton, le dieu solaire, créateur de toute chose, auquel il consacra la ville temple d'Amarna. Pour l'égyptologue Jan Assmann, on doit bien à Akhenaton d'avoir « introduit, dans la pensée religieuse, une innovation que la tradition attribue à Moïse : la distinction entre le vrai et le faux ». C'est-à-dire l'idée qu'il y a des faux dieux et un seul vrai dieu. Mais, estime-t-il, « il n'y a pas une relation de cause à effet entre la révolution monothéiste d'Akhenaton et la naissance du monothéisme biblique six ou huit cents ans plus tard ». Sur des points essentiels, ces deux monothéismes se distinguent radicalement. Le dieu solaire d'Akhenaton n'édicte pas de loi, contrairement au dieu de la Bible hébraïque d'où émerge un « monothéisme politique », souligne Jan Assmann, à l'opposé du monothéisme cosmique d'Akhenaton. Car s'y ajoute cette autre innovation centrale : la notion, étrangère à l'Égypte, d'un « peuple de Dieu » se définissant par sa relation au dieu unique. Enfin, le monothéisme biblique condamne toute représentation divine, alors qu'en Égypte, les dieux n'existent que s'ils sont représentés.
Un autre versant de la culture égyptienne a laissé des traces dans la Bible hébraïque : les textes de sagesse. Ainsi, les chapitres 22 et 23 du livre biblique des Proverbes ont une grande proximité littéraire avec l'Enseignement d'Aménémopé, un texte datant du Xe siècle avant notre ère. D'un point de vue thématique, note Jean Lévêque, professeur honoraire de l'Institut catholique de Paris, les proverbes attribués au roi Salomon ont « beaucoup d'éléments communs » avec la sagesse égyptienne : l'insistance sur la justice envers les déshérités, sur la nécessité d'une vie laborieuse, sur la modération et la bienveillance dans les rapports sociaux. « Des deux côtés, relève-t-il, on souligne l'importance de l'éducation et les devoirs des fils envers les parents », et on valorise « la maîtrise de l'agressivité, de l'attention et de la parole ». Mais il y a une grande différence entre la Maât, la sagesse égyptienne, qui est une divinité parmi d'autres, et la sagesse biblique, dont la source est le dieu unique.

Le « monde des morts »

C'est encore en Égypte qu'est apparue, pour la première fois, l'idée de l'immortalité de l'âme. Une idée différente de la vague notion du « monde des morts » (le Schéol des Hébreux, l'Hadès des Grecs) car, explique Jan Assmann, « l'immortalité signifie au contraire être délivré de la mort par une nouvelle vie dans l'au-delà ». Définitivement adoptée par le judaïsme au Ier siècle de notre ère, cette idée a connu un bel avenir avec le christianisme centré sur la foi en la résurrection de Jésus.
Un christianisme dont la dette égyptienne n'est pas close car il faut y ajouter la « Septante », la traduction de la Bible hébraïque en grec entreprise, à partir du IIIe siècle avant notre ère, au sein de la communauté juive d'Alexandrie où se perdait l'usage de l'hébreu dans une Égypte désormais hellénisée. Cette Bible en grec a permis aux premiers chrétiens de s'approprier cet héritage littéraire et spirituel. Et c'est toujours en Égypte qu'est née la tradition du monachisme chrétien dont les moines ont été, durant des siècles, les inlassables copistes de la Bible.                      S.L.
(1) Ce que la Bible doit à l'Égypte, ouvrage collectif, coédition Bayard-Le Monde de la Bible, 2008.

Les pays du Levant

LITTÉRATURE ARAMÉENNE ET PROVERBES
Dans leur majorité, les livres de la Bible hébraïque sont nés dans les royaumes de Juda et d'Israël, puis dans les provinces néo-babyloniennes, perses et hellénistiques de Judée et de Samarie.

Rédigés dans le sud du Levant, ils ont été naturellement influencés par l'histoire et la culture des pays qui les entouraient, d'autant plus qu'au Levant, ces pays voisins parlaient une langue ouest-sémitique et utilisaient une écriture alphabétique très proches de celles qu'ils pratiquaient.
 

Propagande et historiographie

À la fin du IIe millénaire avant notre ère, Israël a hérité de la langue, de la culture et de l'écriture alphabétique pratiquées en Canaan. Les lettres d'El-Amarna, rédigées en écriture cunéiforme akkadienne et envoyées au pharaon par des roitelets locaux du XIVe siècle avant notre ère, révèlent des tournures que l'on retrouve dans la Bible. Ainsi la formule de politesse : « Qui suis-je, un chien, pour... » (lettres des princes de Megiddo et de Gézer) est semblable à 2 Samuel 9, 8 ou à 2 Rois 8, 13. De même, la phrase d'Abdi-Héba de Jérusalem s'adressant au pharaon : « Puisque le roi a placé son nom dans Jérusalem pour toujours... », évoque directement l'expression en faveur de Jérusalem « le lieu choisi par Yahvé ton Dieu pour y faire demeurer son nom »(Deutéronome 12, 11 ; 14, 23 ; 16, 2). Les tablettes d'Ougarit (XIIIe siècle avant notre ère), rédigées dans une langue proche du phénicien et de l'hébreu ancien, ont des échos dans les textes les plus anciens de la Bible évoquant le grand dieu El, ou le jeune dieu Baal, ou encore Yahvé siégeant dans l'assemblée divine (Psaumes 29, 1 ; 82, 1 ; 89, 6-13 ; Job 1, 6 ; 2 ,1).

Au Ier millénaire avant notre ère, la culture phénicienne est très proche de celle d'Israël et la coopération économique et politique avec le royaume de Tyr bien attestée. La Bible indique que sous le roi Akhab, son épouse Jézabel, fille du roi de Tyr, favorise la diffusion du culte de Baal qui a même son temple à Jérusalem (2 Rois 11, 18). Certains textes de la Bible, comme les oracles du prophète Ézéchiel contre Tyr (ch. 26-28) font allusion à la littérature phénicienne, tandis que les inscriptions phéniciennes révèlent des expressions bien connues en hébreu biblique. Cependant, l'influence de la littérature phénicienne reste difficile à préciser car nous n'en connaissons que peu de chose et seulement de manière tardive et indirecte (par Flavius Josèphe à la fin du Ier siècle, puis Eusèbe de Césarée au IVe siècle). Le même problème se rencontre avec la littérature ammonite et moabite de Transjordanie. La longue inscription de la stèle de Mésha, roi de Moab au IXe siècle avant notre ère (conservée au Louvre), donne un point de vue extérieur sur le royaume d'Israël, mentionné dans la stèle avec le nom du roi Omri et de sa divinité nationale, Yahvé. Elle fournit un exemple de l'historiographie mise au service de la propagande royale dans une écriture et une langue presque identiques à l'hébreu contemporain. Cette stèle mentionne des sanctuaires mais aussi la pratique moabite du herem, extermination des populations ennemies vouées à la divinité nationale, évoquée aussi dans la Bible.

Des oracles favorables à Israël

En fait, le pays voisin le plus influent est sans doute le royaume araméen de Damas. À Tel Dan, aux sources du Jourdain, une stèle araméenne du IXe siècle avant notre ère indique que le roi Hazaël défit les rois d'Israël et de Juda. Leurs royaumes doivent se reconnaître « vassaux » de Damas. À l'époque achéménide (539-331), l'écriture et la culture araméenne se diffusent au Moyen-Orient et l'araméen devient la principale langue parlée en Judée au tournant de notre ère. Certains chapitres de la Bible hébraïque sont même écrits en araméen : Daniel 2, 4b à 7, 28 et Esdras 4, 8 à 6, 18 et 7, 12-26. On sait que cette forte influence, attestée à partir de l'Exil, s'exerce déjà à l'époque royale israélite.

Des inscriptions à l'encre rouge et noire ont été retrouvées à Deir Alla (Jordanie), sur un mur en brique datant du VIIIe siècle avant notre ère, apparemment copiées d'un manuscrit littéraire rédigé à une époque plus ancienne. L'une de ces inscriptions, le « livre de Balaam fils de Beor, l'homme qui voyait les dieux », concerne le voyant/prophète, que l'on peut identifier avec le héros des chapitres 22 à 24 du livre biblique des Nombres - qui porte d'ailleurs le même nom. C'est parce que ce personnage était célèbre dans la tradition littéraire araméenne archaïque qu'un scribe israélite a cru utile de l'annexer, en quelque sorte, de telle façon qu'il prononce des oracles favorables à Israël. En nous révélant un fragment de la littérature araméenne archaïque, les inscriptions de Deir Alla nous ont révélé, du même coup, l'influence que cette littérature araméenne a exercé sur la littérature hébraïque antique de la Bible.

L'influence d'un autre livre de la littérature araméenne pourrait avoir été plus indirecte et indiquer une communauté de culture levantine. Il s'agit du livre des Proverbes attribué à Ahiqar, dont le manuscrit le plus ancien provient de la communauté judéo-araméenne d'Éléphantine en face d'Assouan, en Haute-Égypte (Ve siècle avant notre ère). Ces proverbes auraient été rassemblés pour servir à l'éducation des futurs notables dans un royaume araméen de Syrie du Nord. Ils éclairent indirectement l'histoire de la rédaction et de la fonction du livre biblique des Proverbes, même si seuls trois proverbes araméens sont proches de passages bibliques : Proverbes 23, 13-14 et Jérémie 9, 22b.

Serments et malédictions

Un autre roman araméen, célèbre dans le Proche-Orient ancien et traduit dans de nombreuses langues, le roman d'Ahiqar (VIIe siècle avant notre ère), met en scène les déboires d'un ministre des rois assyriens Sennachérib et Assarhaddon. Calomnié et condamné à mort, puis revenu en grâce auprès du roi, il n'est pas sans évoquer des aspects de l'histoire de Joseph (Genèse 37-50). Ahiqar est par ailleurs mentionné dans le livre de Tobit (rédigé primitivement en araméen). Comme Ahiqar, Tobit a connu la faveur puis la disgrâce du roi d'Assyrie.
L'influence araméenne sur la Bible ressort aussi de la comparaison avec des inscriptions monumentales du VIIIe siècle, révélant le rôle politique important des prophètes auprès du roi (stèle de Zakkur, roi de Hamat et Louash en Syrie du Nord) ou révélant des formules de serments de fidélité/vassalité par lesquelles un roi local s'engageait vis-à-vis d'un « grand roi ». Ce genre de serment, le adê, probablement d'origine araméenne, a été pratiqué par les rois d'Israël et, surtout, celui de Juda qui, de 734 à 622 avant notre ère, est vassal de l'Assyrie. Les malédictions du Deutéronome sont elles-mêmes très proches de celles des adê. Leur étude montre que Deutéronome 28, 20-44 dépend d'une version araméenne d'un texte d'adê connu sous le roi assyrien Assarhaddon, vers 672.                                                 A.L.

 

Les formules de malédiction

Les formules araméennes de malédiction étaient largement diffusées dans le Proche-Orient. La stèle araméenne fragmentaire de Bukân (Azerbaïdjan iranien) comporte deux malédictions dont la formulation est presque identique dans la Bible :
-ligne 8-9 : « Et que disparaisse de son pays la fumée du feu et le bruit des deux meules. » Voir Jérémie 25, 10b : « Et j'ai fait disparaître d'eux... le bruit des deux meules et la lumière du feu. »
-ligne 6-8 : « Et que sept femmes cuisent dans un seul four et qu'elles ne le remplissent pas. » Voir Lévitique 26, 26 : « Et dix femmes cuiront du pain dans un seul four... et vous ne serez pas rassasiés. »

Le zoroastrisme
ANGES ET JUGEMENT DERNIER
Né en Perse entre le VIIIe et le VIe siècle avant notre ère, le zoroastrisme est l'une des premières religions prophétiques et monothéistes. Elle compte aujourd'hui la majorité de ses adeptes en Inde.

Le flou historique qui entoure encore ses origines rend difficile l'étude des influences qu'elle aurait pu avoir sur les rédacteurs de la Bible. Si la question de l'origine du monothéisme reste débattue par les spécialistes, il est fort possible que certains thèmes, comme les hiérarchies angéliques ou le Jugement dernier, aient pu pénétrer la pensée juive à partir du VIe siècle avant notre ère. 

Firoze Dastur Kotwal

Entretien, à Bombay, avec Firoze Dastur Kotwal, grand prêtre, chercheur et traducteur d'anciens textes zoroastriens.

Pensez-vous que votre religion a eu une influence sur l'Ancien Testament ?

Je pense en effet que les autres monothéismes se sont inspirés du zoroastrisme, révélé par Zoroastre, pour forger certaines de leurs croyances. L'Ancien Testament a été un vecteur de ces influences, mais nous n'avons que très peu de « preuves » tangibles de cette influence.

C'est probablement en Perse que la rencontre s'est produite entre zoroastriens et Hébreux ?

Lorsque le roi des Achéménides, Cyrus le Grand, a conquis Babylone au VIe siècle avant notre ère, il a sauvé les Juifs, leur a redonné leur dignité et leur a rendu leurs biens. Il a fait de la Judée une province de son empire, puis il les a aidés à construire leurs temples. Le « cylindre de Cyrus », sur lequel est inscrite une proclamation de Cyrus après la prise de Babylone, décrète la tolérance religieuse et l'abolition de l'esclavage. Suivant les préceptes du zoroastrisme, il ne s'est pas acharné sur les vaincus. Les Juifs lui ont donné le titre de « Massaia », Messie ou Sauveur, un terme qui revient fréquemment dans notre religion. Leurs relations avec les rois achéménides ont probablement eu un impact sur leur propre religion. D'autant que l'Avesta, texte sacré zoroastrien, était diffusé par des missionnaires zoroastriens dans les pays non-iraniens.

Quelles principales notions du zoroastrisme retrouvez-vous dans la Bible ?

Outre celle du Dieu unique, Ahura Mazda, il y a également ses serviteurs, les anges et archanges, appelés les Amesha Spenta (« Saints Immortels »). D'autre part, une notion inédite introduite par Zoroastre a été reprise par le judaïsme, puis par le christianisme et l'islam : celle de l'Apocalypse et du Jugement dernier. C.C.

Quelle Bible a lu Jésus ?

Au temps de Jésus et pour quelques décennies encore, il n'y a pas de recueils constitués de livres saints, ni de listes ou catalogues.

Circulent seulement ces appellations génériques : « la Loi » (de Moïse) ou « livre de Moïse », « les livres des Prophètes » ou « les Prophètes ». On dit aussi : « la Loi et les Prophètes ». Ces formules se lisent dans les manuscrits de la mer Morte (IIe et Ier siècles avant notre ère) et dans les Évangiles. Il arrive que « les Prophètes » soient assortis de « David » ou des« Psaumes ». Grâce aux restes de la riche bibliothèque de Qumran (900 rouleaux attestés matériellement, sans compter nombre d'autres disparus), on peut avoir quelque idée des écrits ainsi désignés. La Loi comprend les cinq premiers livres de nos bibles, appelés plus tard Pentateuque. On copiait sur un même rouleau des extraits suivis et arrangés des cinq livres de Moïse. Le chiffre cinq n'est pas pour autant limitatif. D'autres écrits, considérés dès lors comme « saints », relèvent eux-mêmes de la Loi, probablement le livre des Jubilés (passé dans la Bible éthiopienne) et le fameux rouleau du Temple retrouvé à Qumran. 

La situation des Prophètes est plus complexe. Des figures bibliques comme Élie et Élisée, entre autres, sont présentées comme les signataires d'œuvres réelles et attestées. On les traite dès lors comme des prophètes dans le sens littéraire du terme, à l'instar d'Isaïe, de Jérémie, d'Ézéchiel et de Daniel. Quant à ces derniers, à l'exception d'Isaïe, plusieurs livres leur sont respectivement attribués, et l'on en possède les restes.

Il n'y a alors d'œuvre ni « canonique » ni « apocryphe », ni vraie ni fausse. Vers la fin du Ier siècle, voire plus tard, tant les Juifs que les chrétiens organisent le corps des livres saints, la future Bible, sur la base d'un principe tout autre : à signature unique désormais œuvre unique.

Le dossier des Psaumes n'est pas moins simple. Dans les grottes des environs de Qumran, on a recueilli plus de trente rouleaux avec de vrais psaumes, mélangés à d'autres pièces pas toutes poétiques. Dans chaque rouleau, on retrouve, en nombre très variable, des psaumes retenus dans nos bibles. Mais le psautier des 150 psaumes n'existe pas. Donc, un lot de livres au contour non arrêté, variable selon les lieux et les personnes, émerge de fait, et de fait seulement, dans la société judaïque préchrétienne. On reconnaît à ces textes une excellence et une autorité qui les place au-dessus des autres : on les dit « saints » ou on les appelle « Écritures ».

De Bible, il n'y en a point, ni la chose ni le mot.            

A.P.

 

ROMER THOMAS/FOGEL MACHA/OUAKNIN MARC-ALAIN/PAUL ANDRE/CHARPIN DOMINIQUE/LAFITTE SERGE/LEMAIRE ANDRE/CHAKRAVERTY CLEA -

Publié le 1 novembre 2008 - Le Monde des Religions n°32

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