Synode de la Famille

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Synode de la Famille Octobre 2014

Synode de la Famille

Le Synode veut une approche plus positive des réalités familiales

 

Ce qui frappe d’emblée dans le rapport présenté lundi 13 octobre par le cardinal hongrois Péter Erdö au terme de la première semaine des travaux du Synode, c’est le regard singulièrement accueillant posé sur la réalité des familles.
Tout en reconnaissant clairement le contexte socioculturel difficile dans lequel elles sont plongées, les pères synodaux ont voulu regarder les « éléments positifs » de la vie familiale, y compris chez ceux considérés jusqu’ici en « situation irrégulière ».

 

Ainsi, tout en saluant « le témoignage de nombreuses familles qui vivent avec cohérence la fidélité au sacrement », le cardinal Erdö a souligné la nécessité de « comprendre la réalité positive des mariages civils » ou de regarder d’abord les « aspects positifs » des concubins qui vivent « des valeurs familiales authentiques, ou du moins le désir de celle-ci ».
Même souhait pour les unions homosexuelles qui, si elles « ne peuvent pas être assimilées au mariage entre un homme et une femme », peuvent parfois témoigner d’un « soutien réciproque jusqu’au sacrifice ».

 

ÉCOUTER CHAQUE FAMILLE BLESSÉE

Ce regard bienveillant témoigne d’une forte volonté d’accompagnement des différentes réalités.
« La vérité s’incarne dans la fragilité humaine non pas pour la condamner, mais pour la guérir », a insisté le cardinal Erdö. « L’Église doit accompagner avec attention et sollicitude ses enfants les plus fragiles, marqués par un amour blessé ou perdu , aux blessures le plus souvent ‘subies’ plus que choisies en toute liberté ». « Chaque famille blessée doit tout d’abord être écoutée avec respect et amour »,
a relevé l’archevêque de Budapest.

 

TENIR COMPTE DES SITUATIONS PARTICULIÈRES
Le cardinal Erdö met en garde contre la tentation d’« envisager des solutions uniques ou s’inspirant de la logique du ‘tout ou rien’». Au contraire : il ne peut y avoir de solution que dans des « parcours personnalisés », assure-t-il. Ceux-ci s’accompliraient sous la responsabilité de l’évêque local et dans une optique communautaire, les familles étant « appelées à être elles-mêmes les sujets actifs de toute pastorale familiale ».

 

Le Synode a beaucoup insisté sur « le témoignage joyeux des époux et des familles » dans la préparation au mariage et aussi sur l’accompagnement des jeunes couples.
« Il faut insister sur le besoin d’offrir des chemins de formation qui alimentent la vie conjugale, et sur l’importance d’un laïcat qui offre un accompagnement fait de témoignage vivant », a résumé le cardinal Erdö.

 

REDÉCOUVRIR HUMANAE VITAE

L’accompagnement graduel et sur mesure et l'ébauche d'une nouvelle forme de subsidiarité dans l'Église ne privent pas celle-ci d'une doctrine claire, « que l’on doit faire connaître toujours davantage dans ses contenus fondamentaux », rappelle le texte. L'indissolubilité du mariage, bien que sommairement rappelée, n'a jamais été remise en cause au cours du Synode, d'après maintes sources.
Dans le même sens, le texte invite à « redécouvrir le message de l'encyclique Humanae Vitae de Paul VI, qui souligne le besoin de respecter la dignité de la personne dans l'évaluation morale des méthodes de contrôle des naissances. »

 

« Les méthodes naturelles de contraception sont trop ignorées et moquées », regrette un évêque participant au Synode, selon qui cette assemblée offre aussi l’occasion de « redécouvrir la beauté du message chrétien sur la famille et le mariage ».
« Il y a du bon aussi à voir dans l'insistance sur la Loi par rapport à la miséricorde », conclut-il.

 

DÉVELOPPEMENT DOCTRINAL

Mais l’affirmation de l'enseignement de l'Église n'empêche pas un besoin reconnu d'approfondissement.
« Nous ne pouvons pas avoir une pastorale sans tête », insistait la semaine dernière Mgr Victor Fernandez, recteur de l'Université pontificale argentine et proche de Jorge Bergoglio, en appelant à un « développement doctrinal ».

 

THÉOLOGIENS SOLLICITÉS

Ce manque est notamment reconnu face à l’épineux problème des divorcés remariés.
Leur accès à la « communion spirituelle » mais non sacramentelle pose question.
« Si la communion spirituelle est possible, pourquoi ne pas pouvoir accéder à celle, sacramentelle ? », interroge le document, indiquant qu’un « approfondissement théologique a été sollicité ».

 

Un autre élément à creuser concerne la nécessité, admise par les pères synodaux, d’alléger les procédures pour faire reconnaître les cas de nullité du mariage en ouvrant une « voie administrative » diocésaine.

« Il faudrait envisager la possibilité de considérer l'importance de la foi des futurs époux pour la validité du sacrement du mariage », ajoute le texte, en référence implicite aux thèses de Benoît XVI.

 

Sébastien Maillard et Nicolas Senèze (à Rome)

Merci au Journal LaCroix pour cet article du 13 octobre 2014

Photo de l'AFP : OSSERVATORE ROMANO

Le Journal France-Ouest précise :

 

Le synode des évêques vient de reconnaître des "valeurs positives" au mariage civil et donne une appréciation bienveillante des concubinages stables

« Les pères synodaux ont perçu l'urgence de chemins pastoraux nouveaux, qui partent de la réalité effective des réalités familiales (...). Envisager des solutions uniques ou s'inspirant de la logique du tout ou rien n'est pas signe de sagesse », affirme ce rapport.

Présenté par le rapporteur général, le cardinal de Budapest, Peter Erdö, alors que le synode entre dans sa deuxième semaine, le rapport résume près de 200 interventions et devrait servir de base à un document final qui sera soumis au vote en fin de semaine.

 

Réalité positive des mariages civils
Le document parle de la nécessité d'une « conversion du langage » de l'Eglise, qui ne doit pas se contenter de
« présenter des règles » d'une « manière théorique et détachée des problèmes réels des personnes ».

Le mariage civil et la cohabitation sérieuse se trouvent réévalués : « une nouvelle sensibilité » de l'Eglise cherche à « comprendre la réalité positive des mariages civils, et, compte tenu des différences, des concubinages ».

 

« Se marier est un luxe »
Relevant que pour beaucoup, « se marier est un luxe », et que des unions de fait se nouent souvent dans 
« l'attente d'une sécurité existentielle », le synode relève dans nombre de celles-ci, « des valeurs familiales authentiques ou du moins le désir de celles-ci ».

 

Un ton nouveau sur l'homosexualité
Un ton nouveau est aussi observé sur les homosexuels: ils « ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne: sommes-nous en mesure d'accueillir ces personnes, leur garantissant un espace de fraternité dans nos communautés? ».

Ce passage du texte a fait réagir de manière critique certains cardinaux, d'Afrique notamment.
Le cardinal Erdö a précisé ensuite que cela signifiait que « l'identité d'une personne n'était pas déterminée principalement par sa tendance sexuelle ». Toutefois, le texte ne propose pas de modifier la doctrine condamnant l'acte homosexuel, et une unanimité existe pour réserver le terme de « mariage » à l'union d'un homme et d'une femme.

Samedi, le pape avait nommé six évêques supplémentaires, tous jugés proches de lui, pour aider à la réaction du texte. Les conservateurs avaient critiqué ce choix, considéré comme une mesure partisane.

 

Merci à France-Ouest pour ces précisions

FigaroVox : Entretien avec Gérard Leclerc

 

Gérard Leclerc est journaliste, philosophe et essayiste. Il est éditorialiste à France catholique et à Radio Notre-Dame.
Il 
décrypte les enjeux du synode pour la famille qui se tient actuellement à Rome. Il pense que les débats n'aboutiront pas à de profonds bouleversements théologiques.

 


FigaroVox: Dans un document intermédiaire du synode qui se déroule actuellement à Rome, l'Eglise catholique indique qu'elle serait prête à accepter la communion pour les divorcés remariés, ainsi qu'à accueillir les homosexuels (elle refuse toujours le mariage, mais souhaite leur ouvrir davantage l'Eglise). Elle appelle également à simplifier les procédures d'annulation de mariage. Êtes-vous surpris par ces pistes de réflexion? Comment les analysez-vous?


Gérard LECLERC: En ce qui concerne les divorcés remariés, il faut bien comprendre que ces réflexions ne sont pas surprenantes, dans la mesure où elles sont le fruit de plusieurs mois de débats intenses.
 

Le texte produit par le synode propose à certaines personnes de faire un chemin de pénitence pour avoir à nouveau accès au sacrement de pénitence, ainsi qu'à l'eucharistie.
Toutefois, les conditions de cette pénitence ne sont pas encore clairement définies, et le seront ultérieurement.

 

Il ne s'agit, à mon sens, pas d'une révolution: en effet, ce genre d'exceptions, accordant aux divorcés le droit à l'eucharistie, existe en réalité dans les faits depuis longtemps.

Certains évêques et confesseurs acceptent déjà les divorcés, par charité au vu de la difficulté de leur situation personnelle.
Ainsi, ce texte, en tout état de cause, ne ferait que codifier ce qui relevait jusqu'alors de la dispense personnelle.
L'Eglise préciserait, pour la première fois, officiellement, les conditions dans lesquelles une telle dispense pourrait être admise.

Il ne faut donc pas donner de faux espoirs aux divorcés remariés: une telle dispense relèverait de l'exception, du cas particulier, et ne concernerait en cela qu'une minorité de personnes. 
On ne peut donc pas parler d'un changement de fond de la doctrine de l'Eglise, ni d'une révolution: les conditions seront définies précisément, et la dispense restera limitée.

 

Une analyse approfondie du texte sur les personnes homosexuelles nous amène à une conclusion similaire: la position de fond de l'Eglise, et son refus du mariage entre personnes du même sexe, y sont réaffirmés. La théologie traditionnelle n'est donc à mon sens nullement remise en cause.

Toutefois, on y perçoit une démarche positive de la part du synode et du pape François: l'Eglise veut aller chercher les gens où ils sont et comme ils sont. Elle souhaite, plus que jamais, les aider, les accompagner, plutôt que les condamner et les excommunier.
Elle reconnaît, par exemple, la formidable solidarité entre personnes homosexuelles, et une force, un courage qui tiennent presque de l'héroïsme, ce qu'on a vu par exemple lorsque le SIDA ravageait la communauté gay. L'Eglise
 se place dans une démarche positive, et reconnaît qu'elles sont parfois admirables.

 

De plus, les changements du synode n'auront pas lieu immédiatement: il ne s'achèvera que dimanche prochain, et l'Eglise se donne ensuite un an de réflexion avant de statuer définitivement sur ces questions.

Un second synode se tiendra dans un an, et le Pape publiera alors un document conclusif.

Le texte n'est donc nullement figé. Enfin, le texte doit d'abord être adopté, ce qui n'est pas encore certain: l'Eglise ne requiert pas la majorité pour prendre une telle décision, mais l'unanimité.
Nous verrons donc si le processus d'acceptation actuellement en route se concrétisera.

 

FigaroVoxEn quoi de telles pistes en travail se heurtent-elles à la théologie chrétienne? Quelles en seraient, si elles se concrétisent, les conséquences?
 

Gérard LECLERC: Encore une fois, je ne pense pas qu'on puisse parler d'une modification fondamentale.
On aurait pu parler d'inflexion théologique si l'Eglise s'était alignée sur la position orthodoxe ; or, ce n'est à mon sens pas le cas dans le texte.
On peut toutefois dire que le texte propose une attitude pastorale novatrice, fondée sur l'attitude de miséricorde et la volonté d'aider l'autre à progresser, mais sans qu'elle soit contraire au fond de la doctrine catholique.

Ce document semble représenter la vision du pape François, qui préfère se focaliser sur les personnes.

FigaroVox: Rencontre-t-il une forte opposition dans sa vision? Est-il soutenu par les cardinaux, par les fidèles?
 

Gérard LECLERC: Certains cardinaux, par ailleurs excellents théologiens, comme le cardinal Müller, qui a rappelé la symbiose entre le mariage et l'eucharistie, s'opposent effectivement à l'idée d'exception pour les divorcés remariés.
Les discussions se poursuivent donc, d'abord pendant le synode, ensuite pendant l'année de réflexion avant la tenue du prochain synode.
Ces opposants refusent de remettre en cause le cœur de la doctrine sacramentelle, par peur de voir l'ensemble des doctrines de l'Eglise suivre le même chemin.
Les cardinaux partagent tous le même point de vue, refusant, par exemple, de revenir sur l'indissolubilité du mariage ; les débats portent donc plutôt sur les exceptions, non sur la doctrine générale.

 

A mon sens, ce synode va donc provoquer une énorme déception dans l'opinion: beaucoup, influencés par les médias, vont croire que l'Eglise revient sur sa doctrine ; dans la réalité, cependant, on voit bien que toutes les exceptions dépendront de conditions rigoureusement définies. Le fond reste solide.

 

Merci au Site FigaroVox pour ces précisions

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