Pur / Impur

PUR / IMPUR : la présentation au temple. "SI BELLE IMPURETÉ" : l'homélie du Père Vincent Lafargue. Dans la Bible, le mot « impur » signifie d'abord « qui contient une force qui nous dépasse ». Notre théologie n'est pas misogyne mais au contraire elle place haut la femme dans l'idéal de notre Dieu.

HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION DU SEIGNEUR

MALACHIE 3,1-4 / PSAUME 23(24) / HÉBREUX 2,14-18 / LUC 2,22-40

" SI BELLE IMPURETÉ "

 

Chers Amis,


J'étais à la maternité vendredi, au CHUV de Lausanne... Non je vous rassure, je vis très bien mon célibat, n'ayez crainte. Je suis allé voir le petit Elie, né d'un couple de très grands amis dont j'ai concélébré le mariage il y a deux ans.


Il avait 36 heures de vie, ce petit bonhomme. Et autour de lui, dans cette chambre, il y avait un mystère.


Quand il y a du sacré, vous avez remarqué, on marque une certaine distance respectueuse. On contemple, on admire, on rend grâce à Dieu pour sa présence. On n'ose pas toucher.


Et donc – je vais vous choquer – il y avait de l'impureté dans cette chambre de la maternité.
Oui mais au sens où on prenait ce mot à l'époque de Jésus, et avant aussi.

Au sens qu'a ce mot dans l'Ancien Testament.


Nous avons complètement renversé le sens de ce mot « impur ».

Pour nous, quand on nous dit « impur » ou « impureté » on pense « sale » ou « saleté ».


Or, me direz-vous, quoi de plus propre qu'une chambre d'hôpital, quoi de plus beau qu'un tout petit bébé dans les bras de ses parents ? C'est impur, ça ? Non mais des choses pareilles !

Attention, chers Amis, « impur » ne veut pas dire cela du tout, dans la Bible. Et c'est l'un des sens de la fête d'aujourd'hui, la Chandeleur, la présentation de Jésus au temple, sauf que nous l'avons complètement oublié, ce sens-là.


La présentation d'un bébé au temple, 40 jours après sa naissance - or nous sommes bien 40 jours après Noël - c'est d'abord la purification de la mère. Marie est venue se faire purifier au Temple.
Et là encore, avec notre vision à nous, on bondit : « Quoi ? Mais Marie-la-toute-pure n'a aucun besoin d'être purifiée ! »
Vous croyez ? Attendez, vous serez encore plus choqués quand je vous aurai rappelé que, selon l'Ancien testament, si Marie avait accouché d'une fille elle serait restée impure presque deux fois plus longtemps, et au lieu des 40 jours qui nous séparent de Noël, elle aurait dû attendre 77 jours pour aller se faire purifier au temple.
Et vous sauterez carrément au plafond quand je vous aurai rappelé que - toujours dans la Bible - une femme est impure, pendant ses jeunes années en tout cas, quelques jours chaque mois, tant qu'elle peut donner la vie.
Je vous entends d'ici Mesdemoiselles et Mesdames : « Ah voilà bien l'Eglise ! Misogyne, comme d'habitude ! Les filles trinquent plus que les garçons, ben bravo ! »

Alors que c'est l'exact contraire, figurez-vous.


Vous ne me croyez pas ? Je vais vous montrer quelque chose...
[va chercher le purificatoire]

 

Vous savez comment on appelle ceci ? Le PURIFICATOIRE. Parce que c'est le linge qui sert à PURIFIER le Calice APRES qu'il ait contenu le sang du Christ.
Là normalement vous devriez sauter en l'air !!


« Quoi !? Le calice qui vient de contenir le sang du Christ est IMPUR et il faut le PURIFIER ? »
Exactement.


Parce que le mot « impur » signifie d'abord « qui contient une force qui nous dépasse ».

 

et « purifier », c'est rendre à son usage normal, c'est permettre à nouveau de toucher, de s'approcher de l'objet qui a contenu une force sacrée qui nous dépassait.

L'objet... ou la personne.

Une femme qui donne la vie est impure au sens où elle vient de contenir la force la plus sacrée qui soit, elle est intouchable au BEAU sens du terme.
 

Et mesdemoiselles et mesdames, dans la loi juive, si vous êtes en âge de donner la vie, vous êtes impure chaque mois quelques jours.

Ça n'a rien de SALE, quelle horreur ! C'est extrêmement BEAU au contraire !

Et c'est ce que dit l'ancienne loi que nous avons complètement oubliée.
 

Aux hommes, on demandait de ne pas toucher une femme pendant ces quelques jours. Parce qu'elle contient une force sacrée, divine.


Et c'est pour cela qu'on symbolise parfois le féminin par un CALICE. Ça n'a rien à voir avec les théories à deux balles du Da Vinci Code, c'est simplement parce que le Calice contient le sang sacré qui donne la vie éternelle, lors de l'Eucharistie.

Exactement comme vous, mesdemoiselles, mesdames, contenez le sang sacré qui donne la vie, notre vie à nous, êtres humains.


Le prêtre PURIFIE le calice après l'Eucharistie pour le rendre à la vie normale, pour qu'il puisse désormais être touché, rangé.

Les prêtres du temple purifiaient les mères après leur accouchement pour marquer la fin de cette période pendant laquelle leur corps a mis toutes ses forces pour donner la vie.


Alors vous comprenez maintenant pourquoi c'est très beau qu'une femme reste impure deux fois plus de temps si elle a mis au monde une fille !


Avec le décodeur ça signifie qu'elle a mis au monde une fille qui, contrairement à un garçon, va à son tour

porter en elle ce sang sacré qui donne la vie.

Elle est donc deux fois plus longtemps respectable, intouchable au beau sens du terme.
 

Evidemment ça change tout !

L'impureté, vue comme cela, c'est un concept magnifique.
 

Dieu a voulu que les hommes soient de chair et de sang, comme le disait la lettre aux Hébreux, notre deuxième lecture.


Malachie, le prophète que nous lisions en première lecture, parlait lui aussi du pur et de l'impur, en comparant tout cela à une force qui nous dépasse.


Et en ce dimanche où nous fêtons aussi l'apostolat des laïcs, votre fête à tous, j'aimerais tant que vous, les femmes, vous qui êtes tellement précieuses à nos communautés, vous compreniez à quel point notre théologie n'est pas misogyne mais au contraire à quel point elle vous place haut dans l'idéal de ce Dieu qui sait que vous portez la vie.


C'est la bêtise des êtres humains qui change le sens des mots au point d'en pervertir la beauté première.


Il y avait de l'impureté dans cette chambre d'hôpital, au très beau et très noble sens du mot.

Je n'ai embrassé mes deux amis qu'avec retenue, touché cet enfant qu'avec un immense respect.

Ce respect pour la vie qui devrait aller de soi - tout particulièrement dès les tout débuts de la vie - et ce respect pour les femmes qui devrait nous habiter plus souvent, Messieurs.

 

Père V Lafargue

 

 

Merci au Père Vincent Lafargue pour cet article

Cliquez sur l'image pour le lire sur son site

Témoignage d'une bécasse (moi).

 

Comme je regrette de n'avoir pas su cela plus tôt !

Je n'en n'étais restée qu'au sens premier du mot : celui de Jésus qui répond à Pierre refusant que le Christ lui lave les pieds : "Vous êtes tous purs sauf un". Je n'avais pas retenu ce sens essentiel de ce terme. (Comme avec le mot mystère que vous lirez plus bas dans le texte.)

Comme je regrette de n'avoir pas lu cette homélie plus tôt.

Pour ma propre compréhension vis-à-vis du "terreau" dans lequel a vécu mon Christ, bien sûr, mais surtout pour tous ceux que j'ai blessés car je ne savais pas ce qu'étaient "la Pureté et l'Impureté" aux yeux de notre Dieu.

Comme je regrette !

Pour mes frères juifs que j'ai traités (hélas pas toujours intérieurement) de dinosaures aux idées rétrogrades, pour mes frères musulmans que j'ai qualifiés (hélas pas toujours intérieurement) d'arriérés misogynes, pour mon Eglise et mes frères chrétiens que j'ai jugés (hélas pas toujours intérieurement) de misogynes et de retardataires ...

... ... ...

Jeune, je vivais au Maroc et j'étais très en colère de la façon dont les femmes étaient traitées par tous et de la façon dont elles étaient toutes soumises à "ces lois esclavagistes qui n'avaient AUCUNE raison d'être puisque Jésus nous avait tous libérés et sauvés, hommes ET femmes".

J'étais dans la constante provocation avec tout le monde.
A
u grand dam de ma Mère qui, n'en pratiquant aucune, était très accueillante à toutes les religions, j'allais loin, très loin dans la provoc', en fixant les gens droit dans les yeux avec un regard assassin, consciente que je risquais de me prendre une bonne claque pour "insolence aggravée".

Je n'étais pas féministe parce que je refusais d'être cantonnée à un groupe de filles : j'étais pire, je voulais redresser tous les tords, tous les 'tordus' ... Et je pensais que je n'avais besoin de personne pour "recadrer" les "mal-pensants"....

J'ai été odieuse avec certaines personnes. 

Je suis allée jusqu'à dire à un Cheik (religieux musulman) qui m'expliquait qu'en tant que femme (nous étions en 1974 puisque j'avais 14 ans, âge auquel de nombreuses jeunes filles marocaines étaient déjà mariées, voire déjà mères de famille) j'allais devoir être plus humble et accepter de marcher trois pas derrière mon mari dans la rue : "Si je dois marcher 3 pas derrière lui, je respecterai toujours cette distance. Même dans le lit je me tiendrai à trois pas et ce sera dur d'avoir des enfants. Très dur."   

Je suis allée jusqu'à dire à un Rabin qui ne m'avait pas serré la main en début de réunion (les femmes étant impures, les religieux orthodoxes s'en abstenaient) : "Surtout, prenez bien une douche en rentrant, Monsieur le Rabbin, parce qu'avant votre arrivée, j'étais assise sur votre fauteuil pour manger mon sandwich au saucisson."

Je suis allée jusqu'à dire à un Prêtre qui, excédé par le "papotage chrétien" de quelques filles, avait clamé sans aucune gentillesse "que les femmes se taisent dans les assemblées !" (citation de St Paul, Cor14) : "Quand les hommes étaient planqués comme des trouillards au Cénacle et que les femmes sont allées seules au tombeau et qu'après elles sont allées témoigner de la résurrection du Christ, il était où St Paul, pour oser nous dire aujourd'hui de la boucler ? En train de tomber de son cheval ou en train de jeter des pierres à Etienne ?" 

Je suis désolée et je regrette.
Je regrette vraiment d'avoir blessé tous ces frères, blessé dans leurs cœurs d'hommes et dans leurs fois.

Très blessée moi-même par l'abandon de mon père qui était très déçu de n'avoir pas eu de garçon, j'étais devenue, sous une apparence joviale et ouverte, un vrai oursin, particulièrement pour les hommes détenant "l'autorité", mais pas seulement.

Inutile de dire que me faire traiter d'impure me faisait ruer dans les brancards.

J'étais allergique au mot "purification".

 

Comme je regrette de n'avoir pas su ce que signifiait à l'époque pur et impur !

Comme je regrette de n'avoir pas lu cette homélie du Père Vincent Lafargue plus tôt !

 

Je voudrais m'excuser auprès du Père Jacques B, prêtre de la paroisse dans laquelle je vivais dans le sud, vers Sète, après 1990. Il est décédé depuis mais le Pardon ne connait aucune frontière, ni de temps, ni d'espace. (Il est une des racines de l'Amour.)

J'avais alors plus de 30 ans mais j'étais toujours une rebelle malgré ma fidélité aux offices. C'était pendant une messe de semaine et ce matin-là il y avait très peu de monde.

Soudain, le père Jacques a fait tomber l'Hostie Consacrée en me donnant la communion. Comme il était âgé, je me suis baissée pour ramasser avec respect le Christ dans l'Hostie Consacrée et j'ai mis l'Hostie dans ma main pour que le Père puisse me redonner la communion mais le Père Jacques, encore sous le choc, (il nous a expliqué plus tard que c'était la première fois en je ne sais combien d'années de sacerdoce que ça lui était arrivé) s'est précipité en disant "Vite, il faut purifier le sol".

Et là j'ai dit : "N'importe quoi ! Purifier le sol ! C'est en tombant dessus que le Christ vient de le purifier, ce sol !"

J'ai pris l'Hostie et je l'ai embrassée (toujours avec respect) :

"Pardon Seigneur de T'avoir fait tomber. Pardon pour les bleus, ma Trinité Sainte." 

("Ma Trinité Sainte Chérie", c'est mon mot d'amour à moi. Celui avec lequel je fais "câlin" avec mon Seigneur et mon Dieu quand je suis dans l'Adoration de Sa Beauté, de Sa Puissance et de Sa Miséricorde. Mais chut, ça ne regarde personne.)

J'ai communié et suis retournée à ma place, laissant le Père Jacques dans son désarroi et sa 'purification' dont je me suis totalement désinterressée. (Pardon, Père pour ma méconnaissance mais par-dessus tout pour mon égoïsme forcené) 

 

Bien sûr qu'il fallait purifier le sol ! Je ne le savais pas. Je ne savais pas. 

Je ne pouvais pas comprendre qu'en sanctifiant ce sol, en "tombant dessus" le Seigneur venait d'en faire une Terre Sacrée, un Mont Thabor, un endroit où comme Moïse sur la Montagne nous devions "enlever nos chaussures".

Et comment vivre au quotidien DANS le sacré, nous, pêcheurs, qui ne pouvons même pas regarder le Seigneur dans les yeux sans mourir ? 

Alors il FALLAIT « purifier ce sol », reconnaitre qu'il avait été touché par une Force Sacrée qui nous dépassait et le rendre à son usage normal. 

 

Et maintenant, moi, "la femme pure/impure", je médite sur cette grâce que le Seigneur fait à toute notre humanité : Il se donne à nous dans un mystère que nous ne pouvons comprendre dans sa totalité.
(c'est la définition du mot "mystère" qui ne signifie pas "énigme" lorsqu'il s'agit du Salut Divin.)

 

Je médite sur cette Hostie Consacrée qui tombe dans ma paume à la messe et qui me sanctifie dans tout mon être parce que j'accueille mon Seigneur qui vient à ma rencontre. Quel mystère qui fait de moi une "Terre Sacrée" !

Je deviens impure parce que je contiens une Force Sacrée, Divine, qui me dépasse, qui dépasse ma nature pécheresse.
Je suis le Temple où demeure le Seigneur.

 

Et en me réjouissant d'être impure dans le sens Biblique du terme par cette Sainte Communion, je demande à Ma Trinité Sainte Chérie la grâce de rester 'impure' jusqu'à la prochaine Eucharistie.

 

Permet, Ô mon Dieu, que mon péché ne devienne pas un linge purificateur pour cette Grâce que Tu fais couler sur ma vie, que Tu fais couler dans mes veines.

 

Envolée la colère d'être une femme "insultée", méprisée car mon Seigneur a mis ce qu'il y a de plus beau en moi : la Vie, Sa Vie, SA VIE !

Envolés, les regrets, les remords. 
Il n'y a plus de passé-blessure car dans le Temps de l'amour de Dieu, il n'y a ni Temps ni Espace.

 

Et sache qu'Il fait de même pour Toi.

Pour Toi, mon frère.

                                                                            Joëlle

 

La maman et son bébé : Photo DR : cedricduhez.com