Des monstres et du pain

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Des monstres et du pain. Il y a tant de petits trucs qui nous rongent... Est-ce que le pain quotidien veut dire quelque chose pour nous ? Voilà la question. Une spiritualité du pain quotidien ; ce pourrait être une piste intéressante pour un carême…

monstres

 

 

 

Le petit Calvin demande :

"Y-a-t-il des monstres sous mon lit ce soir ?"

Et les réponses fusent :

"Non...  NON... Euh... non !"

 

 

Des monstres, et du pain

Blog d'Edmond Prochain - Carême 2013

 

La vie est une tragi-comédie qui finit bien, mais nous sommes totalement infoutus de nous en rappeler.

C’est l’avantage de la croix : aussi terrible qu’elle soit, elle restera toujours un signe positif : le "plus" de l’amour qui se donne, qui rachète au prix fort et qui nous ajoute à… l’infini.
Tout ça ne tient pas vraiment d’un point de vue mathématique : c’est génial. 
Bon. Et au milieu de cette histoire, on oublie toujours que nous sommes tout sauf des inconnus dans l’équation. Des "produits en croix", en quelque sorte : sauvés une bonne fois pour toutes par le Christ.
Son peuple ? Pour jamais consolé. (Je pastiche Marcel Pagnol si je veux.)

 

N’empêche qu’en attendant, il y a quelques petits trucs qui nous rongent.
Nous faisons tous l’expérience de ces angoisses qui s’insinuent, notamment au milieu de la nuit, dans nos pensées.
- Ce projet que nous ne pourrons jamais terminer à temps.
- Cette parole que l’on n’aurait pas dû dire, que l’on regrette, que l’on ne voit pas comment réparer.
- Celle qu’on n’a pas dite, lors de cette scène qu’on revit sans fin.
- Cette personne à qui il faudra sourire demain malgré tout ce qu’on a sur le coeur à son égard.
- Ce rendez-vous qu’on a trop longtemps repoussé et qui risque désormais d’intervenir trop tard.
- Cette peine inépuisable. Cette humiliation cuisante qui nous brûle encore l’amour propre.
- Ce qu’on pensera de nous, peut-être.
- Ce à quoi on a déjà dû renoncer, et les défaites qui viendront.
- Ceux qu’on redoute ; ceux pour qui on craint.
- Les rivalités au travail, les amours impossibles, les épidémies de gastro, les parapluies laissés chez les coiffeurs, les pneus crevés, les tuyaux de gaz à changer, les dates des vacances, les chaussures oubliées pour les mariages, les taches de gras, les livres prêtés, les travaux à faire, les tiers provisionnels, les cartes de piscine, les virus informatiques, les anniversaires d’hier, les réunions, les entretiens, les critiques, les verres brisés, les postes à pourvoir, les dates limites, les vols à l’arrachée, les RTT, les lettres anonymes, les carnets de correspondance, les profs de math.
Tout ça à la fois, souvent.

 

Et au matin, les yeux pleins du sommeil dont on s’est privé, on se rappelle qu’on est trop grand pour avoir encore peur des monstres sous notre lit.

 

Le vrai souci, c’est que nous manquons de confiance. Partout. Tout le temps.
La question n’est pas, bien entendu, d’aborder chaque jour avec un angélisme béat.
Il y a des sujets d’inquiétude réels, mais aussi beaucoup d’ennemis imaginaires ; et nous, au lieu de remettre chacun à sa juste place, nous les laissons se bousculer tels les voyageurs d’un train qui s’amasseraient pour monter tous en même temps sans laisser descendre ceux qui sont arrivés.
Mais combien de toutes ces préoccupations présentent un réel danger ?
Et combien ne sont au fond que de petits cailloux dans le vaste système d’émotions qui gravitent autour de notre nombril ?

 

Est-ce que le pain quotidien veut dire quelque chose pour nous ? Voilà la question.
Cette notion de pain quotidien, ce dont nous aurons besoin pour affronter notre journée et pas une miette de plus, a une vertu majeure : ce n’est pas une nourriture qui vient de nous.
En s’abandonnant peu à peu à une confiance dans la providence (bien faire ce qui est de notre ressort et faire confiance pour le reste), on déplace le centre de gravité de notre univers intime, et on finit par retrouver notre propre place dans un ensemble plus large. Parfois, on s’aperçoit même à cette occasion que d’autres autour de nous portent des soucis bien plus cruciaux que les nôtres.

 

Une spiritualité du pain quotidien ;

ce pourrait être une piste intéressante pour un carême…

 

C’est aussi une idée eucharistique : on ne reçoit vraiment Jésus qu’en se donnant soi-même à lui.
Car, finalement, il y a tant de choses qui nous dévorent qu’il faut bien que nous mangions Dieu, pour ne pas nous vider complètement.

 

Blog d'Edmond Prochain : article du 9 février 2013

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