BARRE 2013-10-24 Jeudi 29° sem du T.O

Homélie du Père BARRE 2013-10-24 Jeudi 29° sem du T.O

 

Rom 6 / 19-23       Luc 12 / 49-53                           cf  Mercredi 21 octobre 2009

 

            Il y a 4 ans j’accompagnais pour ses obsèques un malade de l’hôpital de Cadillac qui ne cessait de provoquer, de s’opposer. Il me semble que de vous envoyer l’homélie que j’ai faite pour lui sera le meilleur commentaire de cet évangile.

 

 

HOMELIE pour les obsèques de Daniel L.

« Merci quand même »

 

         Pierre, comment n’aurais-je pas été bouleversé, hier, quand tu m’as appris la mort brutale de ton frère Daniel. Certes cela faisait bientôt 10 ans que nous ne nous étions pas rencontrés, mais à l’annonce de sa mort ce sont les 15 années où  nous nous sommes connus à l’hôpital où j’étais aumônier qui remontaient à ma   mémoire.

 

         Le premier souvenir que je garde de lui rejoint d’une manière symbolique le dernier, à savoir son départ : 

         La mort de Daniel, est arrivée à l’heure la plus inattendue qui soit : pendant un repas ! L’heure conviviale où nous nous restaurons justement pour  ne pas mourir d’inanition !

            C’était la manière de fonctionner de Daniel. Nous faire deviner ce qu’il   voulait en faisant ou disant le contraire !

        

         Ainsi je ne peux m’empêcher de penser à une remarque que Daniel avait faite un jour. Son voisin de table venait de mourir. Je demande à Daniel : tu viens ce soir à son enterrement ? La réponse de Daniel m’avait d’abord choqué : « Il mangeait salement : il s’enterrera sans moi ! »

         Eh bien je prétends que dans cette remarque apparemment violente c’était la façon dont Daniel tenait compte de son voisin de table. En tous cas beaucoup plus que celui  qui aurait versé des larmes de crocodile !        

        

         C’est ainsi, par des remarques ou des actes qui paraissaient  toujours un peu de travers, un peu décalés, que Daniel nous permettait de réfléchir, de progresser dans la compréhension des cœurs.

         C’est ainsi que Daniel ne nous laissait jamais indifférents.

 

         Daniel ne passait pas inaperçu dans ses rapports avec les autres. Il avait le génie de nous  acculer dans nos derniers retranchements. Et du coup il pouvait faire en nous jaillir de la joie…au cœur même de nos disputes, de faire jaillir du beau… au  cœur même de nos laideurs et de faire jaillir du vrai… au cœur même de ses roublardises.

         Je ne sais si j’ai appris quelque chose à Daniel,  par contre je sais tout ce que j’ai reçu de lui, tout ce que j’ai appris de lui. A son insu sans doute, et sans doute à cause des faiblesses dues à sa maladie, Daniel nous montrait le chemin de ce qui pouvait nous rendre heureux, nous faire aimer ce qui est beau et découvrir ce qui est vrai dans nos  cœurs.

            Dieu se sert de ce qui est faible pour confondre les forts.

 

         C’est toujours en rencontrant les autres que nous construisons notre vie, mais en les rencontrant en vérité. Je crois que de tous les amis que j’ai rencontrés à l’hôpital, Daniel est celui qui m’a le plus pris, …pris la tête...mais aussi pris le cœur !

         Ainsi pendant 15 ans, Daniel,  nous nous sommes rencontrés presque tous les jours pour faire de ces rencontres un bouquet d’épines et de roses,  de bois mort et de pousses vertes. Un bouquet de prières d’actions de grâces, et aussi d’action de « crasse ! »

 

         Pour me faire pardonner ce mot je termine en vous racontant la dernière « crasse » de Daniel ou plutôt celle que nous nous sommes faite réciproquement :

         Daniel venait souvent s’inviter à déjeuner ou à dîner au presbytère. Je le revois un jour, terminant son café. En guise de merci il me dit : « Bon, eh bien merci quand même. »       

         Je lui disais alors : Daniel, ce soir, ne reviens pas, je serai ici mais je suis occupé. Je sais que tu as de quoi dîner cher toi.

         Le soir, vers 19 h  Daniel se pointe…quand même ! Je mets le couvert : une assiette et je prends mon repas devant lui. J’ai  pris mon dîner ainsi. Je ne dis pas que ce fut le meilleur, mais je devais prendre les moyens que Daniel pouvait comprendre !

         Vers la fin, Daniel me dit : Bon, si je comprends, je m’en vais !

         Et il termine : Merci quand même ! 

 

         Daniel, oui, merci quand même ! Mais n’est-ce pas ainsi que tu nous as appris ce qu’est le véritable merci que nous pouvons dire à Dieu !

 

         Merci  mon Dieu pour ce qui est joyeux dans nos vies, et merci quand  même pour les épreuves

         Merci mon Dieu pour ce qui est beau dans nos vies, et merci quand  même pour ce qui, sans faute de notre part, ne l’est pas    

           Merci mon Dieu pour ce qui est vrai dans nos vies, et merci quand même si c’est par nos erreurs et nos errements que nous le découvrons.

 

         Merci mon Dieu pour chacun de nous, tout pécheurs que nous sommes, merci de nous aimer… quand même !   

                                                                                                              AMEN