Barre 2013-10-20 29° dimanche du TO

Homélie du Père Barre 2013-10-20 29° dimanche du TO

 

Ex 17 / 8-13     2 Tim 3 / 14-4/2    Luc 18 / 1-8

« Pris sur le vif »

        

         Il est 19 h. On frappe à la porte du presbytère. J’ai beau dire « entrez » de plus en  plus fort la porte ne s’ouvre pas. Si la porte ne s’ouvre pas c’est qu’il s’agit de quelqu’un qui, ne sachant pas que je ne marche pas,  ne connait pas la maison.

         Effectivement c’était un ‘inconnu’ : toute une famille ! le père , le seul à parler français, la mère, discrète et gênée, et…leurs trois enfants dont le dernier,  un adorable poupon de 3 à 4 mois qui ne demandait qu’à éclater de rire entre les bras de qui le prenait.

         « On arrive du Kosovo, on est sans papier, on part en Allemagne chez des amis, il nous faut de l’argent pour l’essence, on est à la rue ce soir. »  Et pour appuyer sa demande il me montre un article du journal où il est raconté  comment, expulsée de l’hôtel où elle avait été hébergée,  toute la famille avait dormi « dans la rue » 

 

         J’étais « Pris sur le vif »  En effet quand cette famille est arrivée  je lisais  l’évangile de cette veuve qui, à force de l’embêter, obtient du juge ce qu’elle désirait. Dans le cas présent, ce que désirait cet homme c’était de l’argent, certainement pas en tous cas les biscuits que les enfants grignotaient du bout des lèvres.

 

         Pourquoi ai-je été hier soir encore plus intransigeant que le juge sans justice de l’évangile ? Je n’ai pas donné à ce père ce qu’il me demandait.

 

         Je  ne me sens pas  bien dans ce refus auquel  le hasard liturgique donnait  une résonnance coupable, mais au moins qu’il me permette un examen de conscience « sur le vif ». Donc, j’avoue, presque à ma honte,  les motifs de mon refus :

         La famille ne faisait pas « pitié » ! Eh oui ils étaient tous propres !

         Les enfants étaient bien habillés et semblaient « bien élevés » !

         Le poupon de 4 mois était tout sourire !

         Quand je proposais de les faire dîner, le père avait l’air de ne pas entendre

 

         Autant de raisons de ne pas faire pitié et de garder leur dignité dans leur demande ! Car, s’ils avaient été sales, si les enfants avaient été « mal élevés », si le poupon avait pleuré, s’ils avaient eu faim, etc. etc. j’aurais pu, gardant ma suffisance, leur offrir ce que je voulais… et non ce que ce père de famille me demandait…

 

         La famille est repartie. Le père avait garé sa voiture dans le jardin : une splendide « Espace » dans laquelle attendait une personne …qui était-elle …?

 

         Les motifs de penser que je me faisais arnaquer ne manquaient pas. Mais aucun n’était une preuve que ce père de famille n’était pas dans le besoin d’argent. J’ai fait comme si je le savais.

          Je me prenais pour Dieu ! Lui en effet connait ce dont nous avons vraiment  besoin et, s’Il nous refuse ce que nous lui demandons, c’est pour notre bien.

         Quant à moi je sais que l’accueil est un risque. Je ne l’ai pas pris hier au soir … pardon Seigneur.

                                                                                                                                                                                            AMEN