Barre 2013-07-14 15° dimanche du T.O

Homélie du père Barre 2013-07-14 15° dimanche du T.O
Deut 30 / 10-14     Col 1 / 1-20      Luc 10 /25-37
 

« Par-dessus le marché »

 
Vous n’avez pas connu « Féréannie » ? Féréannie c’était à Fronsac, au temps de mon enfance, la livreuse de lait. Elle avait une charrette tirée par un petit âne. Elle n’avait pas besoin de sonner à la porte. Mes frères et moi nous la guettions fiers de tenir le poêlon dans lequel elle mesurait la quantité de lait que nous étions chargée de lui annoncer : une rase, deux rases ; exceptionnellement trois rases !  
Chaque matin  c’était ensuite la même émotion. Le moment où Féréannie, une fois la dernière rase versée, penchait le bidon de lait vers notre poêlon  et ajoutait  quelques gouttes supplémentaires. Ce « Par-dessus le marché »
 c’était comme si elle nous donnait tout le  bidon !  
 
Il y a comme cela une foule de commerces où le « Par-dessus le marché » semble la base d’une bonne et vraie relation.  Ainsi quand l’ostréiculteur vous a vendu une douzaine d’huitres et qu’il en glisse ostensiblement  une treizième dans votre panier. Je connais un viticulteur qui ajoute une bouteille de vin à la caisse que vous emportez….
 
Ce que nous retenons c’est que ce « Par-dessus le marché » a une valeur symbolique particulière. Je lui donne un nom : il a la valeur du « gratuit ». On dira aussi du « gracieux ». 
Mais voilà que dans le mot « gracieux » il y a le mot « grâce ». Grâce comme lorsque l’on dit : je vous salue Marie, pleine de grâce.
 
Certes, la goutte de lait supplémentaire de Féraiénie, la treizième huitre de l’ostréiculteur, la bouteille de vin supplémentaire du viticulteur relèvent peut être d’un flair commercial mais, même si c’était vrai, force nous est de reconnaitre qu’un peu de gratuité peut favoriser le commerce !
 
Je vais vous demander maintenant d’oublier toute idée de rentabilité de ces  gestes de « Par-dessus le marché » : que ce soit la larme de lait de Féréannie, la 13° huitre de l’ostréiculteur,  ou  la bouteille de vin du viticulteur.
Ces gestes ont créé des liens mais ils n’ont pas fait de moi un « prochain » au sens où Jésus va en parler dans la parabole que nous venons de lire :
En effet rien de ce que va faire le samaritain ne ressemble à un marchandage.
 
Il était en voyage, il s’arrête. Mais pas seulement. Il s’approche, il le soigne. Il ne prend pas prétexte qu’il n’a pas les médicaments voulus, il le soigne avec ce qu’il a sous la main, de l’huile et du vin. Il le charge sur sa monture,  le conduit dans une auberge, et quand  le lendemain il reprend son voyage, il paie à l’aubergiste les frais qu’il a pu engager sans oublier les frais supplémentaires…
Frères, tous les gestes du samaritain ont été des gestes « gratuits », « gracieux ». Ce sont eux qui ont fait que cet étranger est devenu le « prochain » de l’homme tombé aux mains des brigands. 
 
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » nous dit Jésus. C’est beaucoup plus que d’aimer seulement sa famille. C’est vraiment à une Fraternité universelle que Jésus nous appelle.
 
Je crois qu’on peut rendre grâce à notre pape François de la démarche qu’il a faite en allant voir les réfugiés de l’ile de Lampeduza. Il n’était pas venu pour accuser mais pour rappeler à chacun ses responsabilités.
AMEN