Homélie des Cendres

HOMÉLIE POUR LE MERCREDI DES CENDRES. Quel est le « plus » de votre Carême ? Homélie du Père Vincent Lafargue

HOMÉLIE POUR LE MERCREDI DES CENDRES

JOËL 2,12-18 / PSAUME 50 / 2 CORINTHIENS 5,20 – 6,2 / MATTHIEU 6,1-6.16-18


Quel est le « plus » de votre Carême ?
Parce que, vous avez peut-être réfléchi à une privation de Carême, à un « moins », mais ce « moins » n'aura de sens que s'il donne naissance à un « plus ».

 

Celui qui jeûne pour l'exploit sportif du jeûne n'a rien compris au sens du Carême. Est-ce que votre jeûne d'aujourd'hui vous apportera un « plus » ? A vous ou à d'autres ?


Un repas jeûné économise de l'argent, par exemple. Mettrons-nous cet argent de côté pour le partager ? Un repas jeûné donne du temps libre, qu'en ferons-nous ? Un repas jeûné permet d'autres rencontres. Les vivrons-nous ?


Chaque privation de Carême, chaque effort, devrait déboucher sur un plus.
 

Et ce plus doit aller dans trois directions : un plus envers Dieu, un plus envers les autres, et un plus envers soi-même, car prendre soin de soi c'est soigner le temple de l'Esprit qu'est notre corps.
 

Jésus lui-même indiquait qu'on ne peut aimer notre prochain qu'en l'aimant comme nous-mêmes. Si le Carême signifie se négliger, alors nous négligerons aussi les autres, n'oublions pas cela.
Trois directions, donc, à nos efforts de Carême. Moi-même, l'autre et le Tout-Autre qu'est Dieu.

 

Et regardez comme l'Eglise a bien fait les choses en nous suggérant justement trois priorités de Carême, qui répondent à ces trois directions : la prière, le jeûne, le partage.


La prière, en direction de Dieu. Le partage, en direction des autres. Le jeûne, pour creuser en soi-même la faim des choses plus essentielles.


Et l'Evangile que nous venons de ré-entendre nous explique comme vivre ces trois priorités.
 

Le partage : Quand donc tu fais l'aumône, ne le fais pas claironner devant toi, comme font les hypocrites […] Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
Il ne s'agit donc pas de claironner : « J'ai fait cette année un don important aux restos du coeur. » Dieu préfère de petits dons, discrets, chaque jour, humblement.

 

Sur le jeûne, Jésus disait : Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme font les hypocrites […] Pour toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, pour ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
On rencontre quantité de personnes qui nous disent de quoi elles vont jeûner. Et moi-même je me suis laissé prendre à ce jeu hier. Restons discrets sur notre jeûne. Il sera plus profitable.  

Quant à la prière, Jésus nous rappelle ceci : Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites […] Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret. Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.   La prière communautaire est belle, ne partez pas tout de suite pour retourner dans votre chambre, il ne s'agit pas de cela !   Mais Jésus nous rappelle que si nous ne prions pas d'abord dans notre coeur, si nous ne savons pas d'abord le rejoindre ainsi, intimement, dans le secret, alors notre prière communautaire et publique n'aura que peu de sens. On viendra ici par habitude, parce qu'on nous a dit de le faire. On récitera des prières mécaniquement comme on sait si bien le faire, sans trop y réfléchir. On n'habitera plus les mots de nos chapelets et de nos angélus. Il s'agit donc de ne pas faire les choses par habitude, mécaniquement, sans leur donner du sens.
 

C'est donc d'abord nos coeurs qu'il faut changer, comme disait le prophète Joël dans la 1ère lecture, avant de changer nos gestes. Notre pratique peut être très belle et très fidèle, si elle n'est pas habitée par notre coeur, elle ne sert à rien.
« Donne-nous, Seigneur, un coeur nouveau ! » disait le psaume 50 tout à l'heure.
Et nous devons changer aussi notre manière d'être chrétien à l'extérieur. Parce que nous sommes des ambassadeurs du Christ, ça c'est Paul qui nous le disait dans le seconde lecture.
Etre les ambassadeurs du Christ, ça veut dire donner du sens à ce que nous faisons.

Faire un vrai jeûne, je ne sais pas moi, un jeûne de mauvaises actions par exemple, un jeûne de jugements sur notre prochain par exemple. La fondatrice d'une communauté au Liban, Amma Brigitte May, résume très bien cela. Je vais vous lire une adaptation de son texte, pour terminer, en demandant à notre Dieu de nous aider à donner toujours plus de sens à notre Carême, de donner toujours des « plus » à nos privations et à nos résolutions, sans quoi elles n'ont que peu de sens.
 

Tu veux jeûner ?
Jeûne de paroles blessantes : que tes lèvres prononcent PLUS (+) de paroles de bénédiction.
Jeûne de critiques et de médisances : PLUS de bienveillance et de miséricorde doivent habiter ton âme.
Jeûne de mécontentement : que PLUS de douceur et PLUS de patience deviennent tes compagnes de chaque jour.
Jeûne de ressentiment : que ton coeur cultive davantage la gratitude.
Jeûne de rancune : que le pardon ouvre toutes les portes qui t'ont été fermées.
Jeûne d'égoïsme : que PLUS de compassion et de charité fleurissent à chacun de tes pas.
Jeûne de pessimisme : que l'espérance ne quitte plus jamais ton esprit.
Jeûne de préoccupations et d'inquiétudes inutiles : que règne en toi PLUS de confiance en Dieu.
Jeûne d'occupations superficielles : que PLUS de prière emplisse tes journées.
Jeûne de paroles futiles : que PLUS de silence et PLUS d'écoute t'aident à entendre en toi le souffle de l'Esprit. »
...

 

 

Lire l'article du Père Vincent Lafargue sur son site.

Photo DR : www.madonedesmotards.over-blog.com